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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/103

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devons ni reculer devant les conséquences de la vérité, ni nous exagérer ces conséquences. Si cette force nouvelle qui semble s’imposer à nous est bien réelle, elle existe depuis longtemps et se manifeste parmi nous sans nous apporter de notables désagrémens, mais aussi sans nous rendre de grands services. Pourrons-nous arriver, comme pour l’électricité, à la mieux dégager, à mieux connaître les conditions de son activité, à pouvoir reproduire ses conditions, à notre gré, pour en tirer parti ? il serait aussi téméraire et en même temps aussi puéril de l’affirmer que de le nier. J’ai bien lu qu’un médecin, habitant, je crois, la campagne, avait un sujet merveilleux dont il se servait quand on venait le chercher à l’improviste et que la course était longue, pour connaître à l’avance la maladie de son client et emporter avec lui ce qui lui était nécessaire. J’ai bien lu aussi qu’un autre sujet, — peut-être le même, — avait fort avancé l’instruction d’un crime en faisant retrouver l’instrument de meurtre jeté par l’assassin au fond d’une rivière ou d’une mare. Sans discuter la possibilité ou la réalité de ces événemens, j’ose croire qu’il serait au moins prématuré de vouloir en tirer une méthode. Attendons.

Chacun même pourrait garder ses convictions philosophiques ou religieuses sans trop les modifier. Je crois bien, à la vérité, que, parmi les personnes qui s’intéressent à la télépathie, quelques-unes espèrent recueillir des preuves scientifiques d’une autre existence et de la séparation du corps et de l’âme. Mais ce que nous pouvons comprendre aux faits qui nous sont racontés sérieusement n’autorise aucune conclusion de ce genre. Pour le reste, bien des hypothèses sont possibles, et la moins invraisemblable n’est pas celle de la réalité objective des hallucinations et de la désincarnation des esprits. Jusqu’à présent les spiritualistes les plus convaincus, les matérialistes les plus tenaces peuvent faire entrer les hallucinations télépathiques dans leur philosophie, à moins qu’ils ne l’aient faite bien étroite. On ne pourrait en ce cas que leur recommander de l’élargir, car si les faits d’aujourd’hui n’en brisent pas les barrières, ceux de demain le feront. « Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre que notre philosophie ne peut en contenir, » à moins que la philosophie ne reste de toutes parts ouverte à cet ignoré d’aujourd’hui qui sera vrai demain.

C’est là la grande leçon à retenir, que les découvertes accumulées depuis un siècle auraient dû rendre inutile, et qui ne le sera pas de longtemps. A chaque moment, il nous faut modifier notre conception des forces naturelles et de leurs effets. Toutes les nouvelles inventions, les chemins de fer, comme le phonographe, ont soulevé l’incrédulité des sages et les railleries des prudens, car si