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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 114.djvu/100

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je fus subitement saisie d’une sensation indéfinie de peur et d’horreur. Je regardai la pendule, et je vis qu’il était juste sept heures du soir. Il me fut absolument impossible de continuer à lire ; je me levai donc et me promenai autour de la chambre, m’efforçant de me débarrasser de ce sentiment, mais je ne pouvais y réussir. Je devins tout à fait froide, et j’eus le pressentiment que j’allais mourir… Le lendemain je reçus un télégramme m’annonçant la mort d’une proche cousine [1]. » Ce pressentiment est à remarquer, il montre bien l’activité consciente de l’esprit s’exerçant sur des impressions obscures. L’impression inconsciente semble suggérer la mort de quelqu’un, — c’est une sorte de transmission de sensation, — et le sujet ne voyant pas d’apparition, n’ayant pas l’idée précise d’une autre personne à qui rapporter cette impression, ne peut que la rapporter logiquement à lui-même, il sent qu’il va mourir.

Quant à l’action inconsciente elle-même, on comprend qu’il soit difficile de l’étudier directement. Mais elle se révèle bien nettement par ses effets, et ce que nous avons déjà vu pourrait suffire à prouver sa réalité. Elle est plus visible encore quand elle inspire au sujet de l’hallucination des actes opposés à sa volonté et qui l’étonnent lui-même. Mme C.-E.-K. avait un fils malade à Durban (Natal). « Son médecin, qui est aussi mon gendre, me dit que la maladie était sérieuse, mais je n’avais aucune raison de prévoir une issue fatale. En ma qualité de mère, j’étais naturellement inquiète ; mais de meilleures nouvelles me parvinrent, et bientôt après, une lettre de mon fils lui-même. Il disait qu’il se sentait plus fort, exprimait son regret de son long silence, et ajoutait qu’il espérait écrire de nouveau régulièrement. Toute anxiété s’évanouit de mon esprit, et je remarquai que je me sentais plus heureuse que je ne l’avais été depuis des mois. A cette époque j’étais malade, moi aussi, et j’avais auprès de moi une garde. Quelques nuits après avoir reçu cette lettre de mon fils, je m’imaginai que j’étais éveillée, et, désirant appeler ma garde qui était dans la chambre, je m’assis sur mon lit, et j’appelai à haute voix : « Edward ! Edward ! » Je fus complètement éveillée par ma garde-malade, qui me répondit : « Je crains, madame, que votre fils ne soit pas en état de venir à vous. » J’essayai de rire, mais un frisson me traversa le cœur. Je notai l’heure : trois heures quarante, dimanche matin. Je racontai cet incident à mes filles, sans parler de mes craintes, mais j’attendais de mauvaises nouvelles. Le lundi je reçus la dépêche suivante : « Edward est mort la nuit dernière. » Mme K…

  1. Les Hallucinations télépathiques, p. 87.