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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/958

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délégué dans une cérémonie publique, presque au nom de l’État, qui ne parait pas se croire le droit de réprimer ou de désavouer les excès. Tantôt c’est à Marseille, tantôt c’est à Saint-Ouen ou à Roubaix que les socialistes des municipalités s’agitent, pérorent, manifestent, organisent des fédérations sans s’inquiéter des lois. Saint-Ouen se fait décidément une célébrité et éclipse presque déjà l’Hôtel de Ville de Paris ! Saint-Ouen rêve de fédérer tous les conseils municipaux socialistes de France et de les réunir en congrès dans ses murs encore modestes, mais en train de devenir le berceau des libertés anarchistes. Et le conseil municipal de Saint-Ouen ne s’en tient plus là. Il veut avoir, lui, quoi qu’en pense le gouvernement, son anniversaire du 10 août. Que disons-nous ? Ce n’est pas un jour de commémoration, c’est vingt jours de fête qu’il vient de décréter ! Et si on lui dit qu’il viole les lois, il n’en tient compte, il se moque de la légalité et du gouvernement, il suit toujours son chemin !

Ainsi voilà un maire qui prononce des discours socialistes dans une distribution des prix ; voilà des municipalités qui se mettent sans façon au-dessus des lois ! Supposez, cependant, que d’autres maires, d’autres municipalités eussent la fantaisie de porter des paroles d’excitation dans des cérémonies publiques, de décréter des anniversaires, de tenir des congrès, d’organiser des fédérations : qu’arriverait-il ? Ce serait l’anarchie, suite de cet affaiblissement, de cette altération de toutes les idées de gouvernement et de légalité qui est le mal contemporain, et de toute façon on en revient à cette alternative : ou le gouvernement, profitant des circonstances, se décidera à ressaisir la direction, à faire respecter les lois, à rétablir un certain ordre moral, et alors il est obligé de s’appuyer sur les forces qui s’offrent à lui, qui ne disputent plus avec la république, ou bien on se laissera aller de plus en plus aux concessions, aux complicités, aux faiblesses qui ont été jusqu’ici la politique de tous les ministères. On continuera à s’arranger avec le gâchis radical pour vivre ; mais ce serait peut-être une étrange illusion de croire qu’on puisse suivre indéfiniment et impunément cette politique. On s’exposerait à perdre rapidement les avantages de cette situation nouvelle que les élections ont révélée. On risquerait de voir renaître un jour ou l’autre une de ces crises de confusion et d’impatience où la république elle-même pourrait être en jeu aussi bien que l’honneur et les libertés de la France.

C’est l’histoire de la saison depuis bien des années. Tout semble être aujourd’hui au repos et à la paix en Europe. S’il y a eu des étés où les passions de la guerre se sont déchaînées, ces temps sont passés, et heureusement pour le monde, ils ne sont pas encore revenus, sans qu’on puisse dire pourtant qu’ils ne reviendront pas. Pour le moment, les grandes affaires de la politique sont suspendues