Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/952

Cette page n’a pas encore été corrigée


dans leur esprit général, en dehors des classifications de fantaisie, ces élections sont tout ce qu’il y a de plus clair au monde.

S’il y a une chose évidente, en effet, c’est que, dans cette mêlée électorale, le terrain de la lutte s’est pour ainsi dire déplacé. On n’en est plus au temps où à tout propos, dans un scrutin départemental comme dans un scrutin municipal, la question même de l’existence des institutions était perpétuellement en jeu. Aujourd’hui, tout a visiblement changé, tout se modifie. L’ardeur des vieux conflits et des passions implacables s’émousse devant cette imperturbable tempérance nationale qui ne cesse de se manifester. On ne combat plus pour la république ou contre la république, pour la monarchie ou contre la monarchie. C’est à peine si, dans quelques programmes, l’esprit d’irréconciliabilité trouve encore un dernier refuge. Les arrière-pensées, s’il y en a, se déguisent sous les euphémismes. Les candidats, depuis longtemps attachés à d’autres causes, désarment sans embarras, publient leur adhésion au régime accepté par le pays, et on vient de voir les départemens qui ont le plus résisté jusqu’ici, comme la Sarthe, le Gers, l’Ille-et-Vilaine, envoyer maintenant une majorité républicaine, sans distinction de nuances, dans leurs conseils. En d’autres termes, le nombre des ralliés s’accroît sans cesse, les hostilités systématiques et irréconciliables vont en diminuant. L’évolution est complète. Les élections dernières n’ont point sans doute créé ce courant d’opinion ; elles l’accentuent et en marquent les progrès dans le pays. Elles dévoilent de plus en plus cette situation nouvelle où l’immense masse nationale n’aspire qu’à la paix civile sous un régime mis hors de cause et où ceux qui veulent la représenter se croient obligés de suivre un mouvement devenu irrésistible. Elles ne changent rien par elles-mêmes, si l’on veut ; elles révèlent ce qui s’agite au plus profond du pays, le travail intime qui s’accomplit, qui peut conduire un jour ou l’autre à des combinaisons nouvelles par l’introduction et la fusion d’élémens nouveaux dans la république.

Après cela, que cette évolution préparée par les circonstances, par la force des choses, ne soit ni simple, ni aisée, qu’elle soit destinée à passer encore par bien des péripéties avant d’arriver à son terme, à rencontrer à chaque pas des difficultés nouvelles, c’est bien possible. Elle déconcerte trop de passions, de préjugés ou de calculs pour n’être point contrariée ou détournée. Les partis extrêmes, intéressés à prolonger les défiances et les divisions, puisqu’ils en profitent, n’ont pas tardé à se mettre à l’œuvre pour dénaturer ou décourager le mouvement le plus simple par leurs commentaires, par leurs polémiques et leurs sarcasmes. Les radicaux, qui se sentent menacés dans leur règne, ne se font pas faute d’exploiter à leur avantage les votes républicains du pays, de les interpréter comme un acquiescement à leurs fanatismes et à leur politique d’exclusion. Ils n’ont pas assez de