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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/943

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digne d’être aimé, mais que nul n’avait le secret de l’avenir. Et il sourit. Les hostilités reprirent.

Hyde de Neuville les inaugura par un beau trait. Dans la nuit du 21 janvier 1800, son frère Paul et lui tendirent en noir le portique de la Madeleine, et ils affichèrent le testament de Louis XVI sur le drap mortuaire. Paris se réveilla stupéfait devant l’église en deuil. Non content de cet exploit, l’afficheur royaliste se rendit sur la place de la Révolution et y placarda les proclamations du comte d’Artois contre la statue de la Liberté, derrière le dos de la sentinelle qui gardait le monument ; il tournait autour, à mesure que le grenadier en parcourait les quatre faces. Toujours braves, spirituels et puérils ! Qui pensait à lire les proclamations de Londres ?

Son cas devint mauvais, la police consulaire ayant mis la main sur les papiers de l’agence royaliste. Sa fête fut mise à prix. Ce n’était pas un vain mot ; ses amis et complices, Toustain, Frotté, venaient d’être fusillés. Hyde de Neuville ne s’arrête pas pour si peu. Il retourne réchauffer les découragés en Angleterre, il revient fomenter l’insurrection en France. Une nuit que la mer a rejeté sa barque de pêche à la côte, poursuivi par les douaniers, il a la chance de tomber dans une maison normande habitée par ses amis intimes, M. et Mme de Vaux. Quelques jours après, un piquet de soldats se présente et fouille la maison : voilà notre homme sur le toit, « embrassant fort amoureusement une cheminée. » Un soldat lève les yeux, l’aperçoit : ce brave militaire a l’humanité de ne pas faire un geste et d’oublier ce qu’il a vu. Les hôtes du fugitif le déguisent et le voiturent à Paris. Mme de Damas le reçoit et le promène tout un soir dans les rues, à la recherche d’un asile ; désespérant d’en trouver un assez sur, elle le conduit à son propre hôtel et l’enferme dans une pièce abandonnée, où Mlle de Damas lui apporte quelque nourriture en se cachant de la domesticité. Sa protectrice croit lui avoir déniché un abri tranquille chez un M. Roi, qui loge près des barrières. Hyde de Neuville y rencontre un autre proscrit, un émigré, apprend de cet homme que leur receleur fait la contrebande : le logis est exposé de ce chef à des visites domiciliaires. Il déménage à la hâte rue du Four-Saint-Germain, chez l’honnête parfumeur Caron, dont la maison demeura par la suite le quartier-général du conspirateur. Elle était faite à souhait pour les gens de cette sorte, avec une grande enseigne ornée de fleurs sur le devant de la boutique ; on pouvait s’y blottir ; c’était la meilleure cachette aux heures d’alerte ; qui cherchera les têtes mises à prix dans une enseigne sur la rue ? Un matin, comme le condamné déjeunait avec le parfumeur, Mlle Caron, et un émigré fort bavard à qui on dissimulait soigneusement la véritable qualité du mystérieux