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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/930

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REVUE DES DEUX MONDES.

Il n’y a pas de commerce qui ait pratiqué les fraudes sur une plus vaste échelle que celui des engrais ; nous devons faire connaître en quoi consistent ces fraudes, comment elles se pratiquent, quels sont, en revanche, les moyens dont dispose le cultivateur pour y échapper ; nous devons aussi indiquer comment le législateur est intervenu pour réprimer ces manœuvres déloyales.

Il existe encore en France, aussi bien qu’à l’étranger, des fabriques d’engrais qui écoulent au loin, sous un nom de fantaisie, des matières plus ou moins fraudées, par l’entremise d’agens dont le concours, ou plutôt la complicité, est payée par des remises très élevées. C’est surtout aux petits cultivateurs qu’ils s’adressent ; c’est à domicile, au fond des campagnes, qu’ils vont chercher les commandes, abusant de la crédulité des paysans et de leur ignorance de la composition et de la valeur réelle des matières fertilisantes. Le plus généralement ils vendent au comptant et ils échappent ainsi aux réclamations que les mécomptes obtenus ne manqueraient pas de soulever. Souvent aussi ils vendent à crédit et à très long terme ; dans beaucoup de régions, c’est le procédé qui leur réussit le mieux. Le cultivateur, n’ayant à débourser l’argent que dans un avenir assez éloigné, achète plus facilement.

Le prix des engrais ainsi acquis est ordinairement surfait de 50, 75 et jusqu’à 90 pour 100 de leur valeur réelle.

N’a-t-on pas vu, il y a peu d’années encore, des usines pulvérisant des roches schisteuses ne contenant aucune trace de matières fertilisantes, les écouler en Bretagne comme phosphate des Ardennes ? Le préjudice causé à l’agriculture par des pratiques pareilles est immense.

Le cultivateur échappe aux fraudes de cette nature en refusant de parti-pris des offres qui émanent d’inconnus et surtout des courtiers nombreux qui parcourent les campagnes. Il vaut bien mieux s’adresser aux grandes maisons qui, ayant intérêt à ne pas compromettre leur situation commerciale, cherchent dans l’exécution de leurs engagemens le succès de leur industrie.

Il existe dans toutes les régions de la France des personnes compétentes et désintéressées pouvant éclairer sur ce point délicat les cultivateurs embarrassés.

Mais quoi qu’il en soit, chaque fois qu’on effectue un achat d’engrais, il est nécessaire de faire procéder à l’analyse chimique du produit livré, afin de savoir si celui-ci est bien conforme aux engagemens pris par le vendeur. Des stations agronomiques, des laboratoires agricoles existent dans presque tous les départemens ; il est donc à la portée de tous d’obtenir cette vérification indispensable.

Dans beaucoup de ces établissemens, les analyses sont gratuites ;