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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/921

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LES PHOSPHATES DANS L’AGRICULTURE.


turels dans la confection des composts ; ceux-ci, formés de feuilles mortes, de tourbes, sciures de bois, de vases et curares d’étangs, de marcs de raisin et de pommes, de débris végétaux divers, et même de déchets animaux, contiennent souvent d’assez grandes quantités de matières organiques pour amener une solubilisation tout au moins partielle de l’acide phosphorique. C’est à mesure qu’on établit le compost qu’il faut y introduire le phosphate, par couches successives et alternantes avec les autres matières, en le rapprochant autant que possible des débris végétaux. La quantité à employer est d’environ 40 à 50 kilogrammes par mètre cube de compost. De nombreux essais faits par les agronomes les plus compétens ont montré l’efficacité de ce procédé. Depuis longtemps déjà M. de Molon, ainsi que M. E. Risler, ont appelé l’attention sur l’intérêt que présente, pour l’emploi ultérieur, la réaction des matières organiques sur les phosphates. Cette transformation au sein des fumiers et des composts a ainsi triplé ou quadruplé la valeur agricole d’une notable quantité de phosphate naturel.

Nous voyons donc que, malgré leur cohésion qui limite leur efficacité, l’agriculture doit donner une large place aux phosphates naturels ; ce sont surtout les exploitations voisines des gisemens qui sont appelées à bénéficier de l’application de ces procédés ; n’ayant que peu de frais de transport à payer, elles ont, au minimum du prix, cette matière fertilisante que peu d’efforts leur permettent ensuite de mettre en œuvre.

Il semblerait que des notions aussi simples eussent dû pénétrer depuis longtemps dans l’esprit des masses agricoles ; il n’en est rien cependant, et cette pratique si recommandable n’est encore que rarement appliquée, même au voisinage des gisemens où souvent la valeur vénale de ces produits est nulle ; c’est le cas des craies phosphatées si abondantes dans l’Oise, dans la Somme, qu’on néglige, pour n’extraire que les sables phosphatés, qui sont beaucoup plus riches.

III.

Le degré d’utilisation directe des phosphates est très variable : certains d’entre eux, même dans les sols les plus propres à leur action, n’ont que peu d’efficacité ; ce sont les phosphates ayant une texture cristalline, comme les apatites et les phosphates arénacés, ou fortement agrégés, comme les phosphorites du Lot. La pulvérisation la plus fine ne change pas leur nature ; les particules gardent leur dureté et leur résistance à l’action dissolvante des racines et des agens du sol. Une catégorie considérable de produits riches