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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/900

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main armée, mais sans assassinat, et l’accusé refusant d’avouer, on ne le torture plus. La torture a été abolie après l’accident de Borki (17 octobre 1888). On donnait jadis la torture de la façon suivante : on attachait les mains du malheureux sur les jambes, au-dessous du genou ; un bâton, gros comme le poignet, et long d’un mètre à peine, passait entre les genoux et les bras, et on tapait sur le dos, on mettait du sel dans la bouche.

Le pal était usité dans les cas plus graves. On torturait aussi les femmes. Si l’accusé n’avoue pas, on le relâche ; s’il avoue, on le pend, et on le conduit de suite au gibet.

Avant la pendaison, le bourreau fend la peau, du sommet du front à la base du nez, avec un couteau bien effilé. La torture étant supprimée, on a maintenant, en justice, recours au témoignage. Alors c’est à qui, pour un vol, un crime, etc., réunira en sa faveur le plus grand nombre de parens, d’amis, qui viendront témoigner devant le khan. S’il y a crime, le meurtrier est remis à la famille de la victime. Chez les Kirghizes, le rachat est admis ; mais il n’en est point de même chez les Sartes. Alors se passent des scènes d’une sauvagerie atroce. Tous les parens de la victime entourent l’assassin et le conduisent jusqu’au lieu du supplice. Pendant le trajet, tout le monde lui donne des coups, et chacun, tachant sa main de sang humain, la porte à sa bouche et la lèche. On le martyrise jusqu’à ce que la mort vienne le délivrer de ses souffrances.

Le corps, mutilé, reste sans sépulture jusqu’au jour du prochain marché. Le soir de ce jour-là, la famille de la victime rentre en possession du corps et l’enlève. Le prix de rançon du sang, chez les Kirghizes, est de 1,000 tellas pour un homme, 500 tellas pour une femme. Les parens aident celui qui ne peut payer.

Le khan écoute ainsi les plaintes de ses sujets jusqu’à une heure avant le coucher du soleil. Après avoir conversé quelques instans avec ses principaux officiers, il entre au harem.

Telle est la vie ordinaire du khan lorsqu’il réside en sa capitale.

On aime à entendre causer les gens et à écouter bien des anecdotes. Je ne puis résister à la tentation d’en conter quelques-unes, qui, si elles ne sont vraies, ont du moins l’avantage d’être bien vraisemblables.

On offrit un jour au khan un djinn (appareil pour nettoyer le coton) et on envoya avec la machine un homme pour la faire fonctionner. Après quelques petits incidens, la machine fonctionna devant le khan. Voilà sa majesté khivienne ravie ; il va autour de la machine, s’amuse à voir les rouages fonctionner, demande mille détails. Il s’extasie ; il est joyeux. Ce ravissement dura un quart