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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/897

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s’ouvrant de l’autre côté sur un jardin. Me voici sous un grand auvent soutenu par des colonnes en bois sculpté.

Le divan-bégui m’indique de la main une petite porte percée dans un angle et me fait signe d’y entrer. C’est là que se trouve le khan de Khiva. J’entre en me courbant, vu l’exiguïté de la porte. Devant moi, assis à la turque sur un lit de repos, est Mohamed-Seïd-Rahim-Bagdour-Khan. Il me tend la main, me fait asseoir près de lui sur le divan. La chambre, de haut en bas, est garnie d’ornemens en plâtre moulé, imitant, dans leurs dessins, l’ogive mauresque, quelques tiges feuillues. Aucun siège, une pendule de marbre noir très ordinaire sur un socle. De la porte laissée ouverte et de la fenêtre vient une lumière blanchâtre.

Le khan est, comme nous l’avons dit, assis à l’asiatique sur un divan qui n’est qu’un cadre de bois soutenu par quatre pieds de bois et recouvert d’un tapis et de deux feutres de fabrication indigène. Il est vêtu d’un khalat vert. Auprès de lui, sur le lit, un sabre à la poignée d’or enrichie de pierres précieuses, un pistolet à moitié dissimulé sous le pan de la robe. Derrière lui une petite table où sont posés son turban, une théière. Je lui explique, par mon interprète, que je suis Français, venu pour visiter le Kharezm, qui jouit dans le monde d’une grande renommée.

La conversation s’engage, et il me pose une série de questions. Il me demande s’il y a un roi en France. — Quelles sont les principales productions du pays ? — Pourquoi Napoléon n’est plus sur le trône ? — Si le pays de France est riche ? De là le mot d’Angleterre lui vient aux lèvres ; il s’étonne que les Anglais se laissent gouverner par une femme. — Pourquoi reste-t-elle veuve ? me dit-il. Puis ce sont les divers pays d’Europe et d’Amérique qui font le sujet de la conversation. Les noms d’Autriche, Suisse et d’autres lui sont inconnus. Quelle distance de Pétersbourg à Paris ? etc.

Durant les trois audiences où j’eus l’honneur de converser avec sa majesté khivienne, tel fut à peu près le sujet des entretiens. N’allez point cependant juger ce prince d’après sa conversation ; il faut tenir compte de l’étiquette, de la difficulté qu’il y aurait pour lui, prince protégé, à causer librement sur toutes sortes de sujets.

C’est un homme de taille moyenne, plein de santé, et ayant un léger embonpoint ; il a quarante-trois ans, on lui en donnerait à peine trente-trois.

Il a le type uzbeg assez pur : yeux noirs, petits, mais vifs et pétillans de malice, face rondelette, figure douce et pleine d’intelligence, barbe noire peu fournie. Il me demande si je n’apporte point de France des graines de fleurs, car il est un horticulteur