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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/887

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canaux formant dans les champs un véritable réseau d’irrigation. Mais les collines de la steppe empêchent, par leur hauteur, l’eau et par suite la culture de s’étendre au loin.

A Kabakli, la zone de culture a deux verstes de large et elle se termine brusquement au pied des collines, surplombant le lit du fleuve. C’est dans un de ces endroits où le lit est resserré entre deux collines que les indigènes montrent trois petits monticules nommés utch-ouzak et racontent la légende suivante :

« Ces trois monticules étaient les pieds de la marmite d’un géant nommé Alanguisar en uzbeg, Alep en khirghiz : il mangeait à de longs intervalles, mais absorbait alors d’énormes quantités de viandes et de poissons. Quand il avait faim, il plongeait la main dans le fleuve et en retirait des poissons, il faisait deux enjambées et prenait à Bokhara légumes et fruits, il enlevait de la steppe moutons ou chèvres. Il vécut dans ce lieu un long espace de temps, puis se retira en Afghanistan, auprès des Indes, où il mourut sur les rives du Sourkham-Daria. Des os de ses pieds on fit un pont sur lequel passent encore chevaux et arbas (charrettes indigènes). »

La route coupe la steppe dénudée côtoyant le fleuve qu’elle domine.

L’Amou vous apparaît coulant lentement ses eaux entre des collines de sable et d’argile, au milieu desquelles il a creusé son lit. En érodant les collines, il a formé çà et là des plages humides que la végétation arbustive a envahies. Ajoutez-y des surfaces basses où l’on peut creuser des fossés amenant l’eau du fleuve, tels sont les endroits irrigables, les seuls lambeaux d’oasis que l’on rencontre sur la route jusqu’à Pitniak, sur la rive occidentale du fleuve. Quant à la rive orientale, elle est encore plus aride, et les oasis sont plus rares.

Pitniak, village situé dans l’oasis de ce nom [1], aurait eu, dans l’histoire de l’Asie, une place importante si les Russes étaient venus à Khiva de Merv au lieu de venir d’Orenbourg. C’est à Pitniak que s’écartent les collines, entre lesquelles l’Amou s’est jusqu’alors creusé un lit étroit, et que commencent les grands canaux d’irrigation, hariks (pour employer le mot indigène). Les hariks de la rive droite sont peu importans.

On trouve, en face de Pitniak, les traces d’un ancien lit du fleuve allant au nord-est sur les monts Cheikh-Khodjéili. Mais aujourd’hui les sables ont tout envahi, et la rive droite, que la route suit maintenant, ne présente qu’une étroite bande de culture.

  1. L’oasis de Pitniak a 6 verstes de profondeur.