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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/84

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n’existe pas, c’est-à-dire qu’elle est résolue de telle sorte que le travail normal et habituel n’excède pas ce que j’appelais tout à l’heure le sage emploi des forces humaines. S’il en était autrement, s’il y avait abus et souffrance résultant de la durée excessive des heures de travail, nul doute que cet état de choses ne donnât lieu à des plaintes, et que ces plaintes n’eussent trouvé un écho dans une série de recherches aussi intelligentes et aussi approfondies.

La seconde lacune que présente l’enquête américaine est relative à la législation du travail et à ses effets. Il eût été particulièrement intéressant de savoir si, dans les dix-sept villes où l’enquête a été ouverte, le travail des femmes s’exerce librement, en dehors de toute surveillance, ou s’il est, au contraire, l’objet de mesures protectrices. Dans ce dernier cas, il eût été également très instructif de savoir quel est l’effet de ces mesures sur la condition des ouvrières. Ici encore, l’enquête est absolument muette. On dirait qu’aux États-Unis la question de la réglementation du travail et de la protection des femmes n’existe pas. Mais cette question nous préoccupe trop vivement en France à l’heure actuelle pour que j’aie cru pouvoir la laisser de côté, et j’ai cherché à combler la lacune en interrogeant d’autres documens.

La législation du travail est infiniment variable aux États-Unis, car elle échappe à la compétence du pouvoir fédéral et elle est réglée au gré de chaque État. Dans un grand nombre d’États, il n’y a pas de législation du tout, excepté pour le repos du dimanche, qui est imposé partout par les mœurs encore plus que par la loi et qui suspend aussi bien la vie du plaisir que celle du travail. Il n’y a pas sur le territoire des États-Unis une seule manufacture ouverte le dimanche, mais il n’y a non plus ni théâtres, ni courses. Quand il n’y aura non plus en France ni théâtres ni courses le dimanche, il sera beaucoup plus facile, de par la loi, de fermer les manufactures. Laissant de côté les états où le travail n’est l’objet d’aucune réglementation, voici sur la législation industrielle aux États-Unis quelques renseignemens que j’ai lieu de croire exacts. Dans vingt-sept états, le travail est interdit aux enfans au-dessous de quatorze ans, et quand il s’agit des jeunes filles, la limite d’âge est assez souvent reculée jusqu’à dix-huit ans. Dans quinze états seulement le travail des femmes est l’objet d’une réglementation spéciale, mais qui varie beaucoup suivant les états. Dans quelques-uns, la seule mesure de protection consiste à obliger le patron à leur fournir des sièges pour se reposer. Dans d’autres, le travail dans les mines leur est interdit. Mais il n’y en a que cinq (Louisiane, Massachusetts, Michigan, Minnesota, Ohio), où le travail des