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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/78

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L’enquêté a porté à New-York sur 733 ouvrières réparties entre les professions les plus diverses, depuis les plus élevées jusqu’aux plus humbles. Leur gain moyen était de 1,646 francs, leur dépense moyenne de 1,615. L’écart entre le gain et la dépense était donc de 30 francs, ce qui indique déjà une situation moins satisfaisante que la moyenne générale. Mais j’ai déjà eu occasion de dire combien on doit attacher peu d’importance à ces moyennes que quelques chiffres très bas ou très élevés suffisent pour fausser. Si l’on veut se rendre compte de la réalité des choses, c’est dans le détail qu’il faut pénétrer. La statistique nous apprend qu’à New-York comme à Paris, mais plus qu’à Paris, certaines femmes arrivent à se faire un salaire très élevé. Ainsi, la metteuse en pages (distributor of work) qui dans une imprimerie gagne 3,750, ainsi la brodeuse en dentelles (lace worker) qui gagne 3,210, ainsi la monteuse de guirlande qui gagne 2,705. Ainsi, les contremaîtresses qui gagnent, suivant les professions, de 2,000 à 2,500 francs. Ce sont là également à Paris des occupations ou des fonctions très rémunérées, mais pas dans ces proportions. Un très grand nombre d’ouvrières, dont la nomenclature serait trop longue à donner, gagne à New-York, de 1,500 à 2,000 francs par an dans des professions dont le salaire à Paris n’est que de 3 à 4 francs par jour, c’est-à-dire pour 300 jours ouvrables de 900 à 1,200 francs. En revanche, il y a encore, comme à Paris, un certain nombre d’ouvrières dont le salaire demeure assez bas. Ainsi, dans les manufactures de sacs, la raccommodeuse dont le salaire est de 650 francs. Dans les manufactures de chapeaux, la finisseuse dont le salaire est de 750 francs ; dans les fabriques de vêtemens de confection, la finisseuse dont le salaire est de 500 francs, et la faiseuse de boutonnières dont le salaire est de 360 francs. C’est le salaire le plus bas dont la statistique américaine fasse mention. Il en est à New-York comme partout ; les femmes employées dans les professions d’un apprentissage facile qui n’exigent ni intelligence, ni goût, ni habileté de main, n’arrivent qu’à des salaires très faibles, et comme d’un autre côté les conditions de la vie y sont assez onéreuses, leur existence doit être très dure. Il est à remarquer, d’autre part, que les salaires très élevés chez la moyenne des ouvrières de New-York sont en grande partie absorbés par leurs dépenses, et que là moins qu’ailleurs, l’économie paraît être en honneur. Encore une ressemblance avec Paris.

Vivre ne suffît pas, surtout si l’on entend par vivre, ne pas mourir de faim. Encore faut-il vivre avec un certain degré de confortable. Comment vivent les ouvrières américaines ? Ceux qui ont dirigé cette vaste enquête ont voulu s’en rendre compte. Ils ont fait porter leurs investigations sur deux points : le logement et