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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/719

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c’est M. Gladstone ! Après bien des péripéties, c’est le parti libéral qui se relève de son éclatante défaite de 1886 et retrouve l’avantage dans le nouveau parlement. Jusqu’aux derniers jours de la session, les conservateurs unionistes avaient gardé une majorité sensiblement diminuée, il est vrai, mais encore suffisante. Aujourd’hui la roue de la fortune a tourné, ce sont les libéraux qui, avec les Irlandais, ont une majorité de quelque quarante voix dans la chambre des communes ; c’est la politique du home-rule qui l’emporte !

Cette victoire, à n’en pas douter, les libéraux anglais la doivent surtout à leur vieux et glorieux chef, et une des choses les plus extraordinaires, un des phénomènes les plus caractéristiques de ces élections d’hier est certainement la puissance toujours active du grand octogénaire qui a retrouvé la verdeur de la jeunesse avec l’habileté du vieux tacticien pour conduire encore une fois son armée au combat. M. Gladstone a secoué le poids de l’âge, il a renouvelé pendant ces trois semaines les miracles de ses vieilles campagnes du Midlothian. Il a multiplié les discours, tracé les programmes, donné les mots d’ordre, rallié et entraîné ses troupes avec autant d’art que d’expérience. Sa popularité a combattu pour lui, et il a vaincu ; il a pris sa revanche, il a eu sa majorité : voilà le fait I Ce n’est pas cependant sans effort et sans peine que le vieux chef libéral a retrouvé le succès. Il est évident que M. Gladstone a eu à se débattre contre des difficultés qui survivent à la lutte. Il a eu à vaincre ou à déjouer la résistance des derniers fidèles de M. Parnell, qui ont essayé de lui dérober les suffrages irlandais ; il a rencontré les dissidences des chefs du parti ouvrier, qui lui ont fait payer son courageux refus de souscrire aux huit heures de travail. Ni parnellistes, ni candidats ouvriers n’ont eu, il est vrai, de grands succès électoraux par eux-mêmes : ils n’ont obtenu que quelques nominations ; mais ils ont suffi pour favoriser, par leurs diversions, les succès de quelques conservateurs unionistes, pour diminuer la victoire du parti libéral et affaiblir par suite son autorité. Ils ont préparé, en un mot, une situation qui peut n’être pas facile. M. Gladstone tient sans doute du dernier scrutin une majorité ; mais il n’a cette majorité qu’avec les Irlandais. S’il ne fait pas triompher sans trop attendre le home-rule, il est exposé à voir une aile de son armée se débander ; s’il se jette trop vivement dans la politique irlandaise, il risque de s’aliéner ou de refroidir une partie de cette vieille masse libérale anglaise qui le suit sans enthousiasme dans sa campagne pour le home-rule. De sorte que M. Gladstone, tout victorieux qu’il soit, se trouve avoir à faire face aux difficultés les plus sérieuses avec une majorité peut-être plus apparente que réelle, dont seul il peut se servir en maître, s’il garde ses forces jusqu’au bout.

La question pour le moment est de savoir comment se réalisera cette transition de pouvoir dont les dernières élections font une