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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/713

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 juillet.

Comme tout change dans les idées et même dans les plaisirs ! Lorsqu’il y a quinze ans, — c’est maintenant presque un siècle ! — on imaginait pour la première fois d’ériger en fête publique cet anniversaire du 14 juillet, qu’on célébrait encore l’autre jour, ce fut une explosion de jovialité populaire. On n’avait pas besoin d’être excité ou invité par les affiches officielles à se réjouir : on y mettait de l’entrain, de la bonne volonté, peu de réflexion, et beaucoup de cet enfantillage auquel les masses se laissent si aisément aller quand elles ne sont pas égarées. Paris se montrait dans son beau, pavoisé, enguirlandé et illuminé, — tout empli et égayé de jeux populaires assourdissans, de bals publics, de banquets en plein air. On s’amusait pour s’amuser, sans trop savoir pourquoi, comme si on avait pris la Bastille la veille, ou s’il y avait eu quelque victoire à la frontière.

Le spectacle, si on ne l’a pas oublié, était curieux à voir : c’était le premier anniversaire célébré en pompe, c’était la première fois ! Depuis, à ce qu’il semble, on a fini par s’y faire. On s’amuse encore un peu, parce que c’est convenu ; on va toujours surtout au bois de Boulogne voir défiler les bataillons fiers et silencieux de notre jeune armée. On illumine moins, on ne prodigue plus les drapeaux, on danse à peine pour la république, on n’a plus l’entrain et la bonne humeur d’autrefois : tout s’en va avec le feu d’artifice officiel ! A en juger par ce qui s’est passé l’autre jour, il semblerait que le 14 juillet lui-même commence à s’user. C’est pour cela sans doute que les imaginations échauffées se sont mises depuis quelque temps en campagne pour chercher les moyens de réveiller la gaîté populaire par des fêtes nouvelles, et le conseil municipal de Paris a trouvé, — quoi ? l’anniversaire du 10 août, tout simplement une journée de guerre civile et de sang ! La fantaisie municipale n’a eu heureusement aucune fortune et a été renvoyée aux archives de l’Hôtel de Ville. On s’est dédommagé cependant