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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/703

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visages, ces longs yeux et ces cheveux tressés. » Selon lui, ces femmes au cœur tendre joignent à leurs grâces naturelles un tact exquis et ce sentiment des convenances, cette correction dans les manières et dans la conduite que prisaient tant les vieux Romains. « Empruntez, s’écrie-t-il dans son enthousiasme, empruntez à une sœur de la charité dans l’exercice de ses miséricordieuses fonctions la lumière de son regard, son sourire à une jeune fille cherchant des yeux au-delà des mers le fiancé dont elle attend le retour, son cœur à un enfant que sa mère n’a point gâté, versez ce mélange dans un petit corps aussi sain que charmant, couronné par une masse de cheveux noirs comme le jais et vêtu de robes claires qui amusent l’oreille par l’éternel froufrou de leur soie, et vous aurez la vraie Japonaise. »

En ce qui concerne le Japon politique, M. Norman, il faut en convenir, est beaucoup moins net, moins catégorique dans ses déclarations. Ce qu’il a vu l’a vivement frappé ; mais il se souvient sans doute que le ricin qui sortit de terre pour donner de l’ombre à Jonas causa une grande joie à ce prophète, que quelques heures plus tard, cette plante miraculeuse fut piquée par un ver et sécha. Il a beaucoup de sympathie pour les Japonais, et par intervalles il répond de leurs destinées, il croit comme eux à leur avenir ; il épouse même avec ardeur leurs griefs contre les puissances occidentales qui, s’obstinant à les traiter en barbares, leur imposent sous le titre de juridictions consulaires des servitudes auxquelles un peuple qui se sent a peine à se résigner. L’instant d’après, comme s’il cherchait à résister au charme qui l’entraîne, il se prend à douter, il se défie de ses impressions, de son jugement, il se fait des objections à lui-même. Il se demande si cette nation n’est pas restée dans le fond plus orientale qu’il ne lui plaît de le croire, si elle ne rentrera pas tôt ou tard dans son naturel, si sensible aux reproches de la Chine qui l’accuse de trahir les intérêts de l’Orient, elle ne prouvera pas qu’au fond de tout Japonais, il y a un Chinois assoupi, mais toujours prêt à se réveiller. En définitive, M. Norman pose à merveille la question japonaise, il n’ose prendre sur lui de la résoudre. Il met sous les yeux de ses lecteurs les meilleures pièces du procès, il leur laisse le soin de conclure.

Il y a désormais des résultats acquis qu’on peut discuter, mais qu’il est impossible de ne pas prendre au sérieux. Un diplomate étranger a prétendu que le Japon moderne était une traduction mal faite. C’est un jugement téméraire : la traduction a été faite avec soin et souvent elle n’est pas loin de valoir l’original. II est certain que l’arsenal de Koishikawa est, toute proportion gardée, un Woolwich, où l’on peut fabriquer 100 fusils par jour et 70,000 cartouches, et qu’on construit à Yokosuka des torpilleurs selon toutes les règles de l’art. Il est certain que, dès 1881, la flotte japonaise se composait de 33 bâtimens