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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/699

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parti puissant, pendant vingt-quatre ans en possession du pouvoir, dépossédé en 1884, de nouveau victorieux en 1888. Il a, contre lui, la défection de Blaine, tacticien consommé, auquel il a dû en grande partie son succès, et, dans son propre camp, le ressentiment d’hommes influons, tels que Mac-Kinley, Platt, Quay et autres, inféodés à James Blaine et qui ne pardonnent pas au président ce qu’ils appellent son ingratitude vis-à-vis du chef reconnu du parti républicain et les manœuvres habiles à l’aide desquelles il a, disent-ils, circonvenu la convention de Minneapolis. Selon eux, la désignation de Harrison comme candidat du parti est due surtout aux votes compacts des délégués du Sud nommés par les nègres, mais cette candidature n’a pas, comme l’indique le scrutin, l’assentiment des grands États du Nord et de l’Ouest : New-York, Maine, Michigan, Pensylvanie, Ohio. Ils en concluent qu’Harrison n’entraînera pas la majorité dans ces États et que le parti républicain court à une défaite probable.

Quoi qu’il en soit de ces pronostics de politiciens expérimentés, mais déçus dans leurs espérances, ils hésiteront à provoquer un schisme dans le parti républicain. Ainsi feront du côté des démocrates les partisans désappointés de Hill et de Boies. La traditionnelle discipline l’emportera, dans les deux camps, sur les préférences individuelles.

En revanche, comme le fait remarquer avec justesse le New-York Herald, la campagne qui s’ouvre ne sera pas, comme l’ont été trop souvent les campagnes présidentielles aux États-Unis, un champ clos d’insultes et de diffamations, de révélations scandaleuses sur la vie privée des candidats. Tous deux sont inattaquables sous ce rapport. La question qui s’agite est plus haute : deux principes antagonistes, deux régimes économiques représentés par deux hommes d’État ayant tous deux occupé le pouvoir, se dressent en face l’un de l’autre et demandent au suffrage populaire de décider entre eux. La question est nettement posée, et la réponse, quelle qu’elle soit, né saurait comporter d’équivoque.


C. DE VARIGNY.