Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/692

Cette page n’a pas encore été corrigée


Alabama ? — demande le secrétaire d’une voix qui domine le bruit d’une foule de 20,000 spectateurs.

Nul ne répond. La délégation de l’Alabama, divisée dans son vote, se refuse à proclamer un candidat et laisse passer son tour.

Arkansas ? — L’État d’Arkansas est, croit-on, acquis à Cleveland, mais il entend laisser à une voix plus autorisée la désignation du candidat de son choix. — L’Etat d’Arkansas, répond le juge Rodgers, président de la délégation, cède à l’État de New-Jersey son tour de parole.

Le silence se fait ; le nom de Grover Cleveland va être soumis aux suffrages de la convention, et cette tâche incombe à l’un des premiers orateurs du parti démocratique, au gouverneur Abbett, président de la délégation de New-Jersey.

Il prend la parole et, dans un discours soigneusement étudié, habile et concis, il énumère les titres de Grover Cleveland au choix de la convention, et déclare que l’État de New-Jersey disposera de la totalité de ses votes en sa faveur. Les applaudissemens éclatent, nombreux, nourris, s’apaisant pour reprendre avec fureur, ébranlant le vaste édifice, répercutés au dehors par la foule grossissante, au dedans par les spectateurs des galeries. Çà et là, dans la grande salle, on remarque toutefois les groupes silencieux et compacts des dissidens, des partisans de Hill, de Campbell, Morrison, Boies, Gorman, que ces ébullitions populaires, trop souvent de commande et savamment combinées, ne sont pas pour émouvoir. Politiciens endurcis, indifférens aux clameurs des galeries, ils n’ont d’yeux que pour les délégués ; ce sont eux après tout qui tiennent dans leurs mains le sort de l’élection, et le silence des soixante-douze délégués de New-York, de ceux de l’Arkansas et de l’Iowa les rassure. Ce qu’il leur faut, c’est empêcher à tout prix l’élection de Cleveland au premier tour de scrutin ; ceux qui suivront réservent peut-être bien des surprises et autorisent bien des espérances.

Pendant que le tumulte continue et que la séance semble suspendue, alors que, debout sur leurs sièges, les partisans de Cleveland renouvellent leurs acclamations, agitent leurs mouchoirs et leurs chapeaux, les dissidens échangent rapidement leurs impressions, comparant leurs listes de pointage, discutant les votes probables des grands États de Pensylvanie et d’Illinois, supputant les chances d’une motion d’ajournement avant le scrutin définitif. Quand le silence se fait enfin, le gouverneur Abbett termine son discours par ces mots que sa voix retentissante porte jusqu’aux extrémités de la salle : « Si l’on vous demande pourquoi le nom de