Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/682

Cette page n’a pas encore été corrigée


de 5,633,332 êtres humains [1]. Ce n’est pas tout ; l’épidémie, — car c’est ainsi qu’on désigne l’effrénée multiplication, — gagne les cités rapprochées de la métropole. Plaistow et Tottenham ont doublé. Croydon, Hornsey, Willesden, — localités qu’on croyait modestes, — se sont développées dans des proportions considérables. Les centres provinciaux, — Liverpool à part, très raisonnable, — reculent sans cesse leurs enceintes communales, sous l’effort continu des générations. Cardiff grandit de 56 pour 100, Newcastle de 28, Portsmouth de 24, Leeds de 19, Oldham de 18. Presque toutes les villes sont en progrès. Pourquoi ? s’écrient les adeptes de l’école nouvelle. D’abord à cause de l’afflux des étrangers ; mais cet afflux même ne suffirait pas à expliquer l’accroissement. D’autres causes y contribuent. Il y a des phénomènes physiologiques dont on prend soin de signaler la détestable influence. Les classes supérieures ne sont pas, tant s’en faut, les plus fécondes. Elles sont sages et, dans leurs épanchemens, pleines de discrétion et de réserve. Mais les autres ! Il semble que quelque instinct malfaisant les dirige. Tendres et prolifiques à l’excès, avec le tort de n’être pas blasées sur des joies grossières, elles encombrent la patrie de rejetons inutiles. De là cette conclusion singulière : tout ce qui tend, comme le sweating system, à arrêter la prospérité générale et à maintenir le peuple à un niveau dégradant, l’incite nécessairement à demander à la nature des compensations répétées. Assurément, quand il s’agit des familles indigènes, il n’y a rien à faire pour porter obstacle à ce qu’elles engendrent. On ne voit pas comment il serait possible de légiférer là-dessus. Mais on aperçoit très bien, au contraire, l’intérêt qu’a la société à empêcher l’étranger de pulluler, à son tour, sur le sol anglais [2].

Suivons toujours le raisonnement. C’est déjà trop qu’un texte absurde autorise à se marier les garçons de douze ans et les filles de quatorze. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil sur les registres des églises de l’East end pour constater à quel point ce genre d’unions précoces est en honneur. Mais il serait insuffisant de se borner à réclamer l’abrogation de celte loi, ou de chercher à élever l’âge auquel serait permis le mariage, ou encore (on en parle) d’exiger dorénavant le consentement des parens. Retenir, comme on le voudrait aussi, les travailleurs aux champs, faciliter aux laboureurs l’acquisition de la terre, c’est bien, ce n’est pas assez. Demi-mesures que tout cela et qui resteraient inefficaces, comme les

  1. Arnold White, The destitute aliens in Great Britain. London, 1892 ; Swan Sonnenschein et C°.
  2. Voir, dans la Revue du 15 décembre 1891, le Néo-Malthusianisme en Angleterre, par M. Pierre Mille.