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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/675

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II

Tel est le sweating System. On voit à quelles déceptions, à quels déboires il peut exposer l’ouvrier continental sans spécialité définie et qui se décide, faute d’occupation, à franchir la Manche. Il risque d’user ses forces, de perdre jusqu’à son individualité au sein des agglomérations britanniques. Assurément, l’arrivée en Angleterre de hordes d’Allemands, de Hongrois, de Russes, de Polonais et même d’Italiens faméliques, ne causerait aux pouvoirs publics aucune inquiétude, si leur présence ne portait directement atteinte à la prospérité du travailleur indigène. On pense et on dit tout haut qu’il y a là un mal dont il est urgent d’enrayer le progrès, et que l’opinion ne sera satisfaite que lorsqu’une médication énergique, — l’établissement d’un cordon sanitaire, — aura triomphé de l’épidémie. Que cette invasion soit considérable, continue et malfaisante comme ces nuées de sauterelles qui s’abattent sur les terres ensemencées, on ne le conteste pas sérieusement. Il semble que pendant ces dernières années, les masses nomades se soient acheminées de préférence vers l’est de l’Europe, quelques-unes se fixant au royaume-uni, d’autres, plus vagabondes, poursuivant leur course à travers l’Atlantique, avec le mirage aux yeux, durant la route, de la Californie et de l’Amérique du Nord, fécondes en merveilles fascinatrices. Mais que de bandes errantes, trop nombreuses au gré des Anglais, se sont arrêtées chez eux, comme épuisées et incapables d’aller plus loin ! A chaque recensement, on constate que le nombre s’en est accru. Persécution religieuse, conscription, autoritarisme gouvernemental, famine enfin, voilà les fléaux que ces parias redoutent et contre lesquels ils croient que la Grande-Bretagne offre un sûr abri. Encore s’ils se répandaient un peu partout ! Oui, si les campagnes anglaises, de plus en plus désertées, pouvaient séduire ces imaginations assombries, retenir, sur trop de terres en friche, des bras robustes et inoccupés ! Mais non, le flot se porte avec une régularité désespérante vers les grandes villes. Il envahit Birmingham, Liverpool, Manchester, Leeds, Newcastle upon Tyne, Glascow, quand il ne couvre pas, marais stagnant et pestilentiel, l’East end de Londres et ses environs. Nous parlions des tailleurs ; sait-on qu’il y en a 20,000, rien que dans cette partie de la capitale, pas seulement étrangers parce qu’ils sont fils d’étrangers, mais nés ailleurs, partout excepté en Angleterre ? Les voilà, les victimes des sweaters ; ce ne sont pas les ouvriers londoniens ; peu à peu, ils ont été éliminés et on n’en trouverait pas 250