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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/662

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Il y aurait de curieuses réflexions à faire sur ce qu’on pourrait appeler l’opportunisme des peuples et sur les phénomènes qui les poussent insensiblement à modifier leurs opinions primitives, à orienter dans une direction opposée à celle qu’ils suivaient depuis des siècles, leurs vues, leurs principes et l’inflexible poursuite de leurs intérêts. Rien au monde n’est irrésistible comme le lent travail des causes et il faut bien qu’à un moment donné la vérité, ou ce qui paraît l’être, s’impose aux nations mieux informées, revenues de l’erreur où le culte de l’idée abstraite les avait longtemps assujetties. Les questions économiques sont au premier rang de celles qui ont amené dans l’esprit public en Europe de remarquables changemens. Des initiatives parties de très haut sont promptement devenues contagieuses. On s’est décidé à aller au-devant des réclamations du prolétariat, à prendre en mains sa défense, à légiférer non pour la communauté, mais pour une classe. On n’entend parler dans les chambres représentatives et dans la presse que de réglementation du travail, de protection de l’individu, de responsabilité patronale. On songe, avec le concours des gouvernemens, à assurer aux ouvriers des pensions de retraite, à mettre, pour toujours sans