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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/631

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raisons, qu’en tout cas elle passa de longueur une nuit ordinaire. Il incline également à croire que « le jour où César reçut, sans se lever, les envoyés du sénat, c’est que César avait la diarrhée. »

Le pauvre, en sa cabane où le chaume le couvre
Est sujet à ses lois…

On a vu de petites causes engendrer de grands effets, et Bayle estime que cet oubli du protocole, — que dis-je, oubli ? c’est le contraire, et ce grand homme s’en souvint trop, — fut une « des principales causes de la ruine de César. » Voici encore une question curieuse, c’est « si Loyola, dans sa trente-septième année, reçut ou non le fouet à Paris, et si ce fut à Sainte-Barbe ou au collège Montaigne ? » Mais notre philosophe, ici, a une excuse, et si Jurieu, son irréconciliable ennemi, — l’homme de son temps qui perdait le moins l’occasion de faire une maladresse, — ne s’était pas mal à propos et indécemment égayé de la flagellation d’Ignace, Bayle n’en aurait point parlé. Ce qui prouve au surplus son impartialité, c’est la liberté familière avec laquelle il discute, en un autre endroit, « si la femme de Luther était belle, » ou « si le mariage de Calvin fut un mariage d’inclination. » J’en passe, — et des plus ridicules, — où l’on ne saurait dire, en vérité, ce qui l’amuse davantage, le prétexte qu’elle sont pour lui d’étaler les trésors de son érudition, ou ce qu’elles ont de saugrenu : « Si Aristote exerça la pharmacie dans Athènes ? » ou si Molière savait par expérience, autant qu’homme du monde, « les désordres des mauvais ménages et les chagrins des maris jaloux ? »

Je passe également sur les lacunes de son Dictionnaire. « M. de…, écrit quelque part Voltaire, me disait que c’était dommage que Bayle eût enflé son Dictionnaire de plus de deux cents articles de ministres et de professeurs luthériens ou calvinistes ; qu’en cherchant l’article CÉSAR il n’avait rencontré que celui de Jean CÉSAR1US.., et qu’au lieu de SCIPION il avait trouvé six grandes pages sur GÉRARD SCIOPPIUS. » Voltaire se trompe. Il n’y a pas d’article sur CÉSARIUS dans le Dictionnaire de Bayle, et au contraire il y en a un, et même un très long, sur CÉSAR. Mais, en ce qu’elle a de général, sa remarque subsiste, comme l’on dit, et dans cette énorme compilation, dont l’un des objets était de redresser les erreurs des autres Dictionnaires, il semble bien que l’on trouve trop de Rorarius, et de Scioppius, et de Vorstius, et de Majoragius, et de Périzonius, pas assez de Montaigne et de Rabelais, de Corneille ni de Descartes. On n’y trouve pas non plus d’article sur Socrate ou sur Platon, ce qui est étrange encore, dans un