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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/606

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de 1892, leur pouvoir n’étant plus que quatre fois et demi supérieur aux nôtres, et procurant à 10 pour 100 un revenu de 9,800 fr. Ce n’est plus la richesse du IXe siècle, mais c’est encore un budget très présentable pour le particulier qui le possède. Notez que ce rentier, dont le capital se monte à 1,000 livres, est supposé se conformer avec scrupule aux lois de l’Eglise, en même temps qu’aux exigences de l’opinion. Il ne prête pas son bien à usure ; il a trouvé moyen de le placer de manière à satisfaire à la fois sa conscience et sa bourse ; il tient à l’estime de ses concitoyens, à l’absolution de son confesseur et se contente du taux relativement modique de 10 pour 100.

En 1300, le taux de l’intérêt et le pouvoir de l’argent n’ayant guère varié, mais la monnaie étant fort dépréciée, les 1,000 livres ne sont plus que 16,000 francs intrinsèques ou 64,000 francs relatifs, et le revenu n’en est plus que de 6,400 francs. En 1400, le pouvoir de l’argent a monté de 4 à 4 1/2, le taux de l’intérêt est le même ; mais la livre est tombée de 16 francs à 7 fr. 53. Les 1,000 livres correspondent alors à 7,530 francs, qui en valent présentement 33,880 et donnent 3,388 francs de rente. Notre capitaliste est déjà bien réduit. Au siècle suivant, en 1500, il l’est encore davantage : son bien n’équivaut plus qu’à 4,640 francs de principal, en représentant 27,840, parce que le pouvoir de l’argent a haussé de 4 1/2 à 6, et atténue, dans une certaine mesure, la baisse de la livre monnaie. Malheureusement pour lui, la quotité de l’intérêt courant n’est plus que de 8.33 pour 100, et il ne jouit que de 2,319 francs de revenu. Le voilà tout à fait à la portion congrue. Le nouveau cycle des cent années qui commencent lui ménage de plus dures surprises.

De 1500 à 1600, tout baisse à la fois : la livre tournois de 4 fr. 64 à 2 fr. 57, le pouvoir de l’argent de 6 à 2 1/2, le taux de l’intérêt de 8.33 à 6.50 ; et le rentier se trouve en 1600, à l’aurore des temps modernes, avec 417 francs de nos jours à dépenser par an. Il n’est plus ni riche, ni aisé ; il n’a plus de quoi vivre, même pauvrement. Il doit avoir recours au travail pour se procurer le complément de sa subsistance. En 1700, son petit pécule a continué à s’évaporer. Quoique le pouvoir de l’argent se soit légèrement relevé, les 1,000 livres, ou 4,440 francs relatifs, ne rapportent, à 5 pour 100, que 222 francs. Au moment de la Révolution, la livre est tombée à 0 fr. 90, le pouvoir de l’argent à 2 ; notre homme ne touche plus alors que 90 francs. Enfin, en 1892, il a, pour toute fortune, 900 francs de capital, soit, à 4 pour 100, 36 francs d’intérêt. C’est un ouvrier qui possède, comme beaucoup d’autres, quelques économies représentées par un livret à la caisse d’épargne.