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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/602

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ceux qui mourraient avant les seize ans révolus. La compagnie n’ayant pas été fondée autrement que sur le papier, l’opération ne s’exécuta pas. Sous le ministère de Mazarin, le parlement repoussa l’édit autorisant la première tontine, sur laquelle le Napolitain Lorenzo Tonti, son inventeur, fondait les plus grandes espérances. Louis XIV, pour trouver de l’argent, eut recours avec un succès fort médiocre à ce procédé.

Deux ans seulement avant la révolution, un arrêt du conseil autorisa la Compagnie royale d’assurances sur la vie. Après avoir indiqué quelques-unes des combinaisons, déjà réalisées ailleurs, le préambule se terminait ainsi : « Ces sortes d’assurances, liant utilement le présent à l’avenir, ramèneraient ces sentimens d’affection et d’intérêt réciproques qui font le bonheur de la société et en augmentent la force… » Cette phraséologie, légèrement mouillée, selon le goût « sensible » d’il y a cent ans, devait rester lettre morte ; les assurances sur la vie, qui avaient précédé historiquement, dans les derniers siècles, les assurances contre l’incendie, allaient être, dans le nôtre, de beaucoup dépassées par celles-là.

Le moyen âge avait eu, lui aussi, sa manière, très primitive à dire vrai, et marquée au coin du socialisme communal alors régnant, d’atténuer partiellement les désastres du leu. Quand un Alsacien des temps féodaux était victime d’un incendie, tous les habitans de son village devaient l’aider à relever sa maison. L’un d’eux s’y refusait-il ? l’incendie avait le droit de s’installer chez lui et de l’expulser de sa propre demeure. Entre la mise en pratique de cette mutualité obligatoire, et l’arrêt rendu sous Louis XVI pour approuver l’offre des sieurs Périer et Cie, « d’affecter un fonds de 4 millions aux assurances qu’ils donneront contre les incendies, » je n’aperçois aucune tentative financière pour atténuer les pertes causées par ce genre de désastre. On était plus avancé sous le rapport des assurances maritimes ; bien qu’un banquier du XVIIe siècle dise que « ce sont le plus souvent des procès et non des effets certains, » elles paraissent généralement usitées. Seulement elles étaient très chères : on payait, sous Louis XIV, 10 à 15 pour 100 de Bilbao à Nantes, pour une cargaison de laines, là où de nos jours on paie de 1/2 à 1 pour 100, au maximum, selon la saison et le genre du navire. Quoique les contrats de ce genre fussent très anciens, — il existait à Bruges, en 1310, une « chambre d’assurances, » — le taux des primes n’avait pas diminué depuis le XVe siècle, où il variait de 15 à 6 pour 100, et même moins : l’assurance des marchandises de Collioure à Syracuse (1418) se fait à raison de 4 1/2 pour 100 de leur valeur.

De par les lois, le commerce de l’argent sous l’ancien régime