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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/589

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observateurs de la loi mosaïque ce champ d’activité délaissé par tous, et qu’ils s’y soient dès lors cantonnés, avec une prédilection si marquée que la liberté contemporaine et la Déclaration des droits de l’homme n’ont pu les en faire sortir ; puisque aujourd’hui encore, comparativement à leur petit nombre, les Israélites jouent dans les bourses et dans les banques un rôle absolument prépondérant, légitime récompense de leur travail, compensation méritée des persécutions qu’ils ont longtemps souffertes.

Faut-il voir un phénomène d’atavisme dans cette persistance des juifs actuels à creuser le même sillon que leurs pères ? Ceci n’aurait rien d’extraordinaire. De même il est assez admissible que le choix des juifs d’autrefois se soit porté sur les spéculations métalliques, précisément parce que ces spéculations étaient interdites aux autres citoyens, et que le métier de marchand d’or et d’argent, regardé comme vil, n’avait pas d’amateurs. Une fois qu’ils l’exercèrent, les juifs devinrent naturellement odieux au double titre de juifs et « d’usuriers, » — le mot d’usurier étant pris dans l’acception générale de « prêteur à intérêts » qu’il avait alors. — Et comme rien n’est plus contraire à la loyauté des prêts, ne développe davantage cet intérêt abusif et frauduleux, auquel nous réservons dans les temps modernes le nom d’usure, que l’absence de sécurité dans les transactions sur les capitaux, et que cette absence de sécurité était à peu près absolue, trois siècles se passèrent à tourner dans un cercle vicieux : la proscription périodique des banquiers augmentant l’usure, l’usure, devenue habituelle, motivant la proscription des banquiers.

Ce mot de banque, cette qualification de banquier, qui éveillent aujourd’hui l’idée de quelque local vaste et confortable, de quelque individu opulent et important, conviennent-ils bien à ces parias au nez crochu, la robe déshonorée par une rondelle jaune, qui se tiennent en plein air derrière leur table comme les marchands des quatre saisons. A eux le droit commun ne s’applique pas ; ils sont un peu moins que des hommes ; dans les tarifs de péages féodaux on les classe parmi les marchandises. Entre le « grand cheval » qui paie 8 sous et « le millier de harengs » qui doit 10 deniers, prend place « le juif, » taxé à 30 deniers au passage de la frontière.

C’est une faveur exceptionnelle des souverains, pour les grandes foires, que d’en permettre l’accès en franchise à « toutes personnes de juifs s’y rendant par terre ou par mer, » comme on autorise des forains, un jour de fête, à dresser librement un cirque ou une ménagerie.

Jusqu’au XIVe siècle, les Lombards et les juifs, ces infidèles, ces