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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/563

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livré à la publicité. Aussitôt, le chapitre métropolitain s’assemble et « déterminé par une multitude de considérations qu’il est plus facile de sentir que d’exprimer » (ainsi porte le texte officiel de la délibération), retire à Maury son mandat administratif. Et celui-ci reçoit l’ordre de retourner dans son diocèse, à Montefiascone. Abandonné de tous, attaqué dans la presse, insulté, comme toujours en pareil cas, par ceux qui l’avaient le plus flatté, le malheureux prélat connut alors toutes les amertumes. Avant de partir, il rédigea un mémoire apologétique, où il se place sous le patronage de Bossuet. On y retrouve son beau style d’avocat, abondant, nombreux, facile, ce style si merveilleusement approprié aux éloges académiques qui lui valurent ses premiers succès, ce style qui a toutes les qualités, sauf celle qui prime les autres, l’accent de la conviction. Pauvre défense, au demeurant, où, pour pallier sa palinodie de 1804, le cardinal se retranche derrière les ordres du pape, où, pour s’excuser d’avoir violé les ordres du même pape en 1810, il invoque Louis XIV et Bossuet qui n’ont que faire en l’espèce.

Le « mémoire pour le cardinal Maury, » daté du 12 mai 1814, parut au moment même où le prélat prenait le chemin de l’exil. Il avait fait marché avec un voiturier qui devait le conduire à Montefiascone en vingt-six jours. Triste fuite, ne ressemblant guère au voyage triomphal de 1806. Et Maury ne se doutait pas de ce qui l’attendait en Italie. Le pape, à qui l’effondrement du grand empire venait de rendre la liberté, s’était, avant de rentrer à Rome, arrêté, pour quelques jours, dans la petite ville romagnole de Césène, son pays d’origine. C’est là que le départ de Maury parvint à sa connaissance. Il lança aussitôt un bref interdisant à « son cher fils le cardinal Jean Siffrein Maury » d’exercer les fonctions épiscopales, et l’invitant à se rendre à Rome. Le cardinal était à quelques lieues de Montefiascone, quand, dans un village, il apprit la mesure qui le frappait. Il traversa son diocèse pendant la nuit et courut à Rome. Là, nouveau déboire, il reçoit défense de se présenter chez le pape : Monte-Cavallo et la chapelle papale lui sont interdits, et une enquête est ouverte sur sa conduite.

Si les pages qui précèdent ont exprimé l’idée que je me fais moi-même du cardinal Maury, on comprendra ce qu’il dut souffrir de cette disgrâce et ce qu’il y eut de lugubre et de navrant dans l’existence qu’il mena durant ses dernières années. Pour l’homme qui n’a vécu que pour le monde, chez qui les préoccupations d’ambition et d’orgueil ont détruit toute vie intérieure, être rendu à soi-même est le pire des maux. Abattu, écrasé dans l’effondrement de ses espérances, il suppliait, mais en vain, qu’on hâtât du moins son