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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/555

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cardinal à l’Assemblée constituante, nul n’ignorait ses attaches avec la maison de Bourbon. Ce qui nous paraît fatal, à nous qui l’avons suivi dans ses années d’exil, parut d’abord inadmissible aux contemporains. Les royalistes crurent à quelque audacieuse mystification. Mais l’évidence était là. Il fallut bien s’y rendre. Alors l’indignation fit place à la stupeur. Tous les courriers apportaient au palais épiscopal de Montefiascone des diatribes, des injures. Je laisse à penser ce qu’on dut ressentir au palais Lazienski, chez le comte de l’Isle. Quelques mots gracieux tracés de la main de l’empereur compensèrent amplement ces déboires. Cependant Maury demeura quelque temps encore à Montefiascone. Il ne se joignit pas aux cardinaux qui accompagnèrent Pie VII à Paris pour le couronnement. L’année suivante, quand Napoléon descendit en Italie pour ceindre la couronne de fer des rois lombards, Cambacérès l’invita à prendre part aux solennités de Milan ; mais le cardinal ne put se mettre en route en temps utile. C’est à Gênes, le 1er juillet 1805, qu’il fut reçu pour la première fois par l’empereur. Celui-ci, quand il voulait s’attacher quelque nouvelle recrue, déployait un charme de séduction auquel peu résistaient. Il lui fut bien facile de conquérir un homme qui ne demandait qu’à être conquis. « Après cinq minutes de conversation, disait Maury, je fus ébloui, et je me sentis tout à lui. » Napoléon aurait voulu le ramener tout de suite à Paris, comme un trophée. Maury s’excusa, il demanda du temps. Il est clair que Paris l’attirait et l’effrayait un pou tout à la fois. Depuis quatorze ans, il n’y avait pas reparu. Quel accueil y trouverait-il ? dans le monde, ou il était autrefois si fêté ? dans la rue, où jadis les injures et les menaces avaient retenti si souvent à ses oreilles ?

Il vint un moment où il ne pouvait plus ajourner davantage le devoir d’aller faire sa cour à son nouveau maître. Il prit lentement la route du Mont-Cenis, s’arrêta à Lyon, et entra enfin dans la capitale du nouvel empire. Les caprices de la popularité sont étranges ! Le peuple de Paris fit fête à ce revenant. Le même homme qu’on menaçait de la lanterne en 1792 fut acclamé en 1806. Il se trouvait, paraît-il, dans les rues des gens qui criaient : vive le cardinal Maury ! Napoléon fit grand accueil à l’ancien agent des Bourbons, lui assura 30,000 francs de traitement comme cardinal français, et le nomma, aux appointemens de 12,000 francs, aumônier du prince Jérôme, — charge qui n’était apparemment pas très absorbante. Mais ce n’était qu’un commencement. La correspondance intime de Maury avec son frère, chanoine de Saint-Pierre de Rome, resté en Italie, nous initie au secret de ses espérances. « Il est beaucoup plus probable que je ne retournerai pas en Italie, écrit-il