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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/554

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me donne et m’occuper uniquement de mon métier. C’est pour moi un bien grand et bien pénible sacrifice et je ne doute pas que vous n’en soyez bien convaincu. » C’était un congé donné en termes polis. À Varsovie, on feignit de l’entendre autrement. Mais le parti du cardinal était pris. Dorénavant il laissera sans réponse les lettres du comte de Provence et du marquis de Bonnay.


V

Nous venons de voir Maury brûlant ce qu’il avait adoré. Nous le verrons maintenant adorant ce qu’il avait brûlé. Le retour de Bonaparte d’Egypte le troubla. Le consulat, Marengo, la conclusion du concordat l’ébranlèrent. La proclamation de l’empire porta le dernier coup. Être oublié dans un village d’Italie, sans avenir, sans renommée, tandis qu’à Paris, dans cette ville témoin de ses premiers succès, règne un tout-puissant dispensateur des honneurs, de la fortune, de la gloire : c’est plus que ne peut supporter l’évêque de Montefiascone. En vain son passé proteste contre l’idée d’un rapprochement. En vain son roi, outré de voir l’usurpateur s’asseoir sur le trône, fait un suprême appel « à son cœur, à sa tête et à sa plume, » le naturel l’emporte. — Les membres du sacré-collège envoient leurs complimens au nouvel empereur. C’est l’occasion qu’il saisit ; mais, cette fois, ce n’est plus une fortune banale au bas de laquelle il met sa signature. C’est sa capitulation qu’il signe, et son adhésion enthousiaste :

« Sire, c’est par sentiment autant que par devoir que je me réunis loyalement à tous les membres du sacré-collège pour supplier votre majesté impériale d’agréer avec bonté et confiance mes sincères félicitations sur son avènement au trône. Le salut public doit être dans tous les temps la suprême loi des esprits raisonnables. Je suis Français, sire, je veux l’être toujours, etc. »

Quand Napoléon reçut cette lettre, il était à Aix-la-Chapelle, au cours de ce voyage à travers les nouveaux départemens de l’Est qui ne fut qu’un long triomphe. Il dit à l’abbé de Pradt : « J’ai reçu une lettre du cardinal Maury. Il me dit les plus belles choses du monde ; mais je ne sais à quoi m’en tenir. » L’empereur doutait de la sincérité de Maury : il ne le connaissait pas encore. Pour l’obliger à être sincère, après coup, au cas où il ne l’aurait pas été auparavant, Napoléon fit insérer au Moniteur la lettre du cardinal. C’était lui brûler ses vaisseaux.

Le temps était alors aux conversions. Une foule de gens trouvaient leur chemin de Damas sur la route des Tuileries. Cependant, quelque habitude que l’on eût des apostasies, la lettre de Maury fit scandale. Tout le monde se rappelait le rôle du