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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/526

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I

Au XVIIIe siècle, on ne se faisait pas une idée bien austère du sacerdoce. C’était une carrière comme les autres, comme la magistrature ou comme l’armée, avec cette différence que les grades ne s’y achetaient point et qu’il n’était pas besoin de produire un certificat de noblesse pour obtenir les ordres. On se faisait d’église, comme on se serait fait de robe ou d’épée, sans qu’une vocation spéciale parût une condition nécessaire. Le plus souvent, les convenances de fortune et de famille étaient seules consultées. Pour les cadets de grande maison, la carrière ecclésiastique était un moyen de ne pas trop souffrir des conséquences du droit d’aînesse. Pour les roturiers, elle était un passage du troisième ordre de l’État dans le second. A un jeune homme pauvre, sans relations, sans appui, mais bien doué et désireux de sortir de la médiocrité, elle offrait plus qu’aucune autre voie des perspectives séduisantes. Maint exemple montrait qu’un clerc intelligent pouvait aisément, pour parler comme La Bruyère, se pousser dans le monde, et marcher de pair avec les plus honnêtes gens. Sans même prétendre aux hautes dignités qu’un usage presque toujours suivi réservait alors aux hommes de grande naissance, il pouvait conquérir assez vite l’aisance et la considération, et plus tard, si les circonstances lui venaient en aide,