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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/482

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Calahorra à propos du déplacement de l’évêché, dans des villes du midi à propos de taxes municipales ; il y en a encore à tout instant. Ce ne sont là, si l’on veut, que des incidens de hasard et sans signification, sans lendemain, faciles à dominer ; ce ne sont pas moins d’assez mauvais symptômes.

Ce qui complique d’ailleurs un peu cet état et pourrait avoir un certain sens politique, c’est qu’à l’un de ces incidens récens, à la grève des télégraphistes, se rattache la retraite du ministre de l’intérieur, M. Elduayen, qui a paru quitter le pouvoir un peu brusquement. M. Elduayen, il est vrai, n’était entré il y a quelques mois au ministère, à la place de M. Silvela, que par des raisons de circonstance, pour faciliter certains rapprochemens dans le parti conservateur, pour favoriser notamment la rentrée de M. Romero Robledo dans le cabinet. Il n’avait pas caché qu’il désirait se retirer le plus tôt possible. S’il est resté dans ces derniers temps au pouvoir, c’est qu’il a été retenu d’abord par la crise du 1er mai, puis par les grèves de Bilbao, de Barcelone. La grève des télégraphistes de Madrid lui a servi de prétexte ; mais voilà justement la question ! Pourquoi a-t-il mis une sorte de précipitation à saisir ce prétexte et pourquoi a-t-il choisi ce moment ? Le gouvernement a été interrogé et il a gardé son secret. On a dit que dans le premier moment l’ancien ministre de l’intérieur avait proposé au conseil de dissoudre le corps des télégraphistes pour le réorganiser et que le conseil, un peu effrayé de cet acte de vigueur, avait préféré tenter une négociation dont M. Romero Robledo s’est chargé. Toujours est-il que, dans cette bourrasque d’un instant, M. Elduayen a disparu, qu’il a été remplacé au ministère de l’intérieur par un autre conservateur, ancien ministre, M. Fernandez Villaverde, et que ces incidens ont eu un certain retentissement dans les cortès où s’est engagé un débat assez confus qui n’a rien éclairé. Le ministère espagnol n’en sera pas sans doute ébranlé ; le président du conseil, M. Canovas del Castillo, n’est pas homme à se laisser si facilement émouvoir lorsqu’il garde une majorité nombreuse et dévouée dans les cortès.

Tous ces faits qui se pressent depuis quelque temps ne sont pas moins les signes d’une situation délicate, sinon critique, et ne laissent pas de ranimer l’ardeur des partis, de rendre une certaine confiance à l’opposition libérale. Si la session continuait, les difficultés commenceraient peut-être sans tarder ; mais la session finit, le monde politique est impatient de quitter Madrid, et rien n’indique que pendant ces quelques mois de vacances qui vont s’ouvrir, des complications sérieuses puissent renaître pour l’Espagne.


CH. DE MAZADE.