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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/481

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sérieuses, des plus tumultueuses éclatait en Catalogne, à Barcelone et dans les centres industriels des environs. Là comme partout, les syndicats, les chefs des clans ouvriers menaient le mouvement, échauffaient ces populations ardentes et fières. Une fois déchaînée, la grève est allée jusqu’à la sédition : sous prétexte d’imposer leurs conditions aux patrons, les grévistes ont tout simplement attaqué certains établissemens d’industrie et se sont mis à interrompre les communications. Les violences, les rixes, les conflits se sont multipliés. Bref, il a fallu en venir aux grands moyens, proclamer l’état de siège, faire arriver quelques navires devant Barcelone, en un mot, employer la force pour rétablir la paix. Ce n’est qu’après quelques jours de troubles que le gouverneur militaire de la Catalogne, le général Blanco, par un mélange de prudente longanimité et de vigueur, a fini par avoir raison de ce mouvement populaire et par obtenir la reprise du travail. A peine cette agitation catalane commençait-elle à s’apaiser, si tant est qu’elle soit apaisée, un phénomène bien plus singulier se produisait en pleine capitale, à Madrid même : c’est la grève des télégraphistes, qui ont refusé tout service et se sont retirés sur leur mont Aventin en envoyant leur ultimatum au gouvernement. Tout avait été préparé en secret et combiné avec art dans cette étrange grève. Les meneurs n’ont eu qu’à expédier à tous les employés un mot d’ordre concerté d’avance pour que le service se soit trouvé interrompu sur la plupart des lignes, et un instant le gouvernement, l’industrie, le commerce, se sont vus privés de communications. On a été obligé de recourir à tous les moyens, aux fils des chemins de fer, aux télégraphistes militaires ; mais qu’auraient pu quatre cents télégraphistes de l’armée pour suffire à la tâche de trois mille employés civils ? C’était ni plus ni moins une rébellion contre l’État, un attentat contre tous les services publics ou privés ! Il n’a pas moins fallu négocier avec la rébellion, et, en définitive, si les grévistes de la télégraphie ont consenti à reprendre leur service, c’est qu’on leur a promis de faire droit à leurs griefs.

Est-ce tout ? pas encore. Il y a eu tout dernièrement à Madrid l’insurrection héroï-comique des marchandes des quatre-saisons qui se sont ameutées contre une taxe municipale : sept mille furieuses auxquelles se sont joints tous les tapageurs, les gens suspects prêts à saisir toutes les occasions de dévaster, de saccager les magasins, d’attaquer la police. L’émeute, qui s’est prolongée deux ou trois jours, est devenue assez grave pour nécessiter l’emploi de la force et, dans les collisions qui ont troublé la ville, il y a eu des victimes, du sang versé. Le préfet lui-même a été blessé. Et ce n’est pas seulement à Madrid ou à Barcelone qu’il y a depuis quelque temps des scènes de désordre ; il y en a eu tout récemment sur d’autres points, dans le nord, à