Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/480

Cette page n’a pas encore été corrigée


Ira-t-elle plus loin, jusqu’à un procès ? Il y a dans le rescrit de 1890 une allusion assez énigmatique à la position officielle de l’ancien chancelier, à ses indiscrétions, à ce qu’il aurait pu dire « en présence de personnes notoirement hostiles à l’Allemagne. » Il ne faudrait pas trop s’y fier. Il serait certes curieux que M. de Bismarck, qui a été quelquefois si dur pour ses agens, eût à subir la loi qu’il a faite et fût réduit à répondre de ses paroles devant un tribunal. On n’en est pas là encore : on n’est pas, il est vrai, au bout de ce duel qui est assurément un des plus curieux épisodes du temps.

Non, vraiment, qu’il s’agisse d’élections ou des mille incidens de la vie des peuples, qu’on se tourne vers l’Angleterre ou vers d’autres pays de l’Europe, la politique n’est nulle part bien facile. Partout elle a ses embarras, ses malaises et, le plus souvent, désormais elle se complique de grèves, d’agitations ouvrières, de tous les conflits du travail que les partis exploitent ou enveniment, qui sont comme une traînée de poudre allant d’un pays à l’autre. Que se passe-t-il depuis quelque temps en Espagne ? De crise politique, il n’y en a pas réellement au-delà des Pyrénées. Les apparences sont au calme ; on se préoccupe surtout des finances, des relations commerciales, un peu du Maroc, particulièrement des négociations avec la France, et si les discussions parlementaires sont parfois assez laborieuses, le ministère conservateur qui a le pouvoir depuis deux ans a une assez forte majorité pour rester, comme on dit, maître de la situation. Le chef du cabinet, M. Canovas del Castillo, n’a rien perdu de son autorité dans les conseils, dans le parlement, dans son propre parti ; il garde un ascendant que ses adversaires ne méconnaissent pas, qu’il doit à son habileté, à un savant esprit de mesure, à un art supérieur dans le maniement des hommes et des partis. Les libéraux eux-mêmes, M. Sagasta en tête, tout en formant une opposition incommode et en saisissant toutes les occasions de harceler le gouvernement, ne semblent pas bien impatiens de reprendre le pouvoir au milieu des difficultés économiques et financières qui restent l’embarras de tous les ministères. Les républicains sont provisoirement impuissans et les carlistes ont beau manifester, comme ils l’ont fait récemment sous le vieux chêne de Guernica, ils ne peuvent rien ; ils ne redeviendraient dangereux et n’auraient le pouvoir de rallumer la guerre civile que si le pays retombait dans l’anarchie par quelque révolution nouvelle. On n’en est pas là fort heureusement au-delà des Pyrénées. Rien ne semble menacer ni la régence, ni le régime constitutionnel à Madrid. Il n’est pas moins vrai que depuis quelque temps, un peu sur tous les points, à tout propos, les incidens, les troubles se succèdent comme des feux plus ou moins inquiétans à la surface du pays, et que tout ne va pas le mieux du monde en Espagne.

Qu’est-ce à dire ? Il n’y a que quelques semaines une grève des plus