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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/477

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de tout le monde, c’est le crédit de la France elle-même ! Cela rappelle un peu l’histoire de M. Thiers, à qui on disait par malveillance, pour déprécier des services éclatans, qu’il n’avait pas eu grand mérite à libérer le territoire, qu’il n’avait eu qu’à puiser l’argent dans la poche des contribuables pour payer les 5 milliards d’indemnité de guerre. « Et d’où veut-on que je le tire ? » répondait spirituellement M. Thiers. La Banque fait et peut dire de même. Elle tire son crédit de la confiance qu’elle inspire, de l’immense encaisse qui va à ses coffres, du mouvement d’affaires qu’elle représente. Elle tire son crédit de là, comme M. Thiers tirait de la poche des contribuables la libération du territoire. C’était un simple problème à résoudre ; seulement il fallait le résoudre ; — et puisque jusqu’ici la Banque a réussi dans son œuvre, le mieux eût été, après tout, de ne pas tant marchander avec une institution éprouvée qui reste la garantie du commerce, qui assure en même temps à la France les suprêmes ressources dans les crises qui peuvent lui être encore réservées.

Le malheur est que dans ces débats parlementaires qui touchent parfois aux plus grandes affaires, toutes les fantaisies, tous les hasards d’imagination, tous les rêves de secte, toutes les lubies ou les jalousies de parti se donnent rendez-vous. C’est la faiblesse de cette chambre de manquer, non pas de talent, mais d’expérience, de sens politique, des plus simples idées de gouvernement, — et de direction. La vérité est que le plus clair de cette session qui finit a été une série de discussions, d’interpellations sur tout et à propos de tout. On dirait que ces représentans agités de la plus sensée, de la plus pacifique des nations, sont saisis par instans d’une émulation singulière d’anarchie. Ils se plaisent à se jeter à travers toutes les questions, au risque de tout confondre, de ne respecter ni le droit, ni la justice, de se mêler de ce qui ne les regarde pas. Ils ne sont peut-être pas les seuls coupables, ils sont les complices des mœurs publiques qu’on nous fait ; ils aident de leur mieux à une véritable désorganisation, et certes un des signes les plus curieux de cette incohérence universelle est cette discussion qui s’est engagée il n’y a que quelques jours à l’occasion d’un jugement de la cour d’assises de la Seine. De quoi s’agit-il ? un député, celui-là même qui est rapporteur de la loi sur la Banque, M. Burdeau, a cru devoir demander compte de ses diffamations à un journaliste qui voit la féodalité financière, les Juifs, et la vénalité partout. Le jury prononce un arrêt de condamnation, avec des circonstances atténuantes ; la cour, de son côté, fixe la peine et ajoute de plus, selon son droit, une assez forte amende. Le jury a fait son œuvre, la cour a fait la sienne : jusque-là rien de mieux. Qu’arrive-t-il cependant ? A peine le jugement est-il prononcé, c’est une véritable confusion où l’on voit tout simplement ceci : des jurés divulguant sans scrupule le secret de leurs délibérations, un président mis en cause pour avoir