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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/461

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sur cette époque. Il constate çà et là quelques désordres ; mais son impression dominante est faite de respect et de sympathie. Partout un patriotisme ardent, « un fonds inépuisable de bonhomie et de belle humeur, » un degré de culture au moins égal, il l’affirme, à celui des Allemands de condition analogue. « C’est un devoir pour moi de dire que mon impression générale est la meilleure qu’il soit possible d’avoir. » — La nation étudiée par M. Fontane diffère de celle qu’on voit crouler dans la Débâcle autant qu’un Chinois d’un nègre. Qui a bien regardé ?

M. Zola a-t-il eu sous les yeux un livre d’un autre ordre, le Général de Sonis, par M. l’abbé Baunard ? C’est bien de l’audace de lui recommander l’ouvrage d’un curé, comme dirait Chouteau. De la petite littérature, assurément ? C’est un document ; ils sont bons à prendre de toutes mains. Bourget me disait, en m’engageant à lire cette biographie : c’est le plus fier livre de notre temps. Je ne suis pas éloigné de penser comme lui. Sonis est un compagnon de saint Louis ; sur la dalle où il devait dormir dans son armure, il s’est réveillé pour prendre le commandement d’une des armées de Gambetta. Je voudrais pouvoir citer en entier le récit de la bataille de Loigny. Il fallait ramener à tout prix une troupe démoralisée. Le général s’élance avec 300 zouaves pontificaux : il en tombe 198 ; lui-même a la jambe brisée en vingt-cinq morceaux. Laissé sur le champ de bataille, il y passe la nuit sous la neige, son autre pied est gelé. « J’eus en ce moment la consolation d’entendre rouler derrière moi toute mon artillerie ; et je suis heureux de pouvoir constater que le 17e corps n’a pas perdu une seule bouche à feu pendant le temps où j’ai eu l’honneur de le commander… L’armée prussienne ne tarda pas à passer sur nos corps, en ordre parfait. J’avoue que je ne pus me défendre, même en ce moment, d’admirer la discipline et la tenue de ces troupes. » Telles sont ses pensées, avec des effusions de piété, tandis qu’on achève les blessés à coups de crosse, autour de lui, et que l’un d’eux, un jeune zouave, vient mourir en appuyant la tête sur son épaule. Le général était à jeun depuis vingt-quatre heures. Un bon Prussien lui versa en défilant quelques gouttes d’eau-de-vie sur les lèvres ; cet homme plaça la tête du blessé sur la selle, remonta la couverture, et lui serra la main avec ce mot : Camarade ! Sonis, ne sachant comment le remercier, se contenta de lui montrer le ciel. On ne le releva que le lendemain à dix heures, pour le porter au presbytère de Loigny, où il fut amputé ; toujours tranquille, maître de lui, ne songeant qu’au sort de ses troupes, et offrant ses douleurs pour la Franco. — Dans ce même village de Loigny, le commandant d’un bataillon du 37e qui défendait le cimetière, M. de Fauchier,