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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/441

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la psychologie animale ou générale. On voit que rien n’est plus ancien que l’idée d’une psychologie objective. C’est au contraire un fait tout moderne et qui date seulement du XVIIIe siècle, que l’établissement d’une psychologie purement subjective. C’est dans Locke qu’on la trouve pour la première fois : « Je ne parlerai pas, dit-il, de l’âme en physicien. » De là cette doctrine a passé allume, en France, à Condillac et à Laromiguière, et enfin à Jouffroy. Elle a été établie sous l’empire de l’esprit scientifique du XVIIIe siècle, qui en tout préférait l’analyse à la synthèse : c’est donc par rigueur de méthode et non par aucune prévention métaphysique, que la psychologie subjective a été créée ; et s’il y a une psychologie toute moderne, c’est celle-là.

Une autre observation plus importante, c’est qu’il ne faut pas confondre la psychologie objective avec la psychologie physiologique. Toute psychologie physiologique est, il est vrai, objective ; mais toute psychologie objective n’est pas physiologique. Par exemple, un voyageur qui nous rapporte les mœurs des sauvages, et nous n’avons pas d’autres moyens de les connaître, est un psychologue, mais il n’est pas un physiologiste ; car il n’est besoin d’aucune physiologie pour savoir que les sauvages sont imprévoyans, cruels, menteurs, et qu’ils ont des sens très fins, et des affections très mobiles, mais très vives. Une mère qui a étudié les facultés de l’enfance, comme Mme Necker de Saussure, dans son livre de l’Éducation progressive, est psychologue ; mais il n’y a là nulle physiologie. Dans les livres si intéressans qui ont été faits récemment sur la psychologie de l’enfance, par M. Bernard Pérez, il n’est nullement question de physiologie. C’est tout simplement la psychologie subjective qui sert de type et à laquelle on rapporte le développement intellectuel et moral de l’enfant. Un magistrat, un aumônier de prison, qui étudieraient l’état mental des prisonniers, seraient encore des psychologues sans être des physiologistes. Le meilleur observateur des animaux, Charles Leroy, nous l’avons dit déjà, était un capitaine des chasses du roi Louis XVI ; il n’était pas un physiologiste, ni même un naturaliste.

On voit que la psychologie objective se divise en deux parties, en deux genres : 1° la psychologie comparée ; 2° la psychologie physiologique. La première n’est qu’une extension de la psychologie subjective. Son objet propre est toujours le fait de conscience. Ce sont les faits de conscience des autres hommes que vous étudiez par le moyen de l’induction, et que vous comparez aux faits de conscience que vous constatez en vous-même. C’est de la psychologie subjective indirecte. Au contraire, la psychologie physiologique est essentiellement objective parce qu’elle a