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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/425

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méthode psychologique subjective. Ces objections sont importantes, surtout les deux dernières parce qu’elles ont ouvert la voie à de nouvelles recherches psychologiques. Mais si elles font pressentir et ont plus ou moins amené des accroissemens notables en psychologie, elles ne portent pas, en réalité, sur l’essentiel de la thèse de Jouffroy ; elles ne la renversent pas ; elles ouvrent la voie, et cette voie est légitime, à une psychologie objective faite par le dehors ; mais elles ne détruisent pas la nécessité d’une psychologie faite par le dedans, et qui est la psychologie proprement dite.

Posons d’abord quelques principes qui sont accordés par tout le monde et par tous les savans, quand il s’agit des autres sciences, et que l’on oublie aussitôt qu’il est question de psychologie. Toute méthode scientifique est une méthode d’abstraction. Elle consiste toujours à démêler un fait simple dans la série des faits complexes au milieu desquels il se trouve en réalité engagé. Le point de départ nécessaire d’une science est de démêler l’ordre de faits spécifiques et caractéristiques qui constituent cette science. Nul doute que, dans la réalité, les faits physiques proprement dits ne soient profondément intercalés et entremêlés avec les faits chimiques ; on les distingue cependant les uns des autres ; il y a des chimistes et des physiciens, des chaires de chimie où il n’est point question de physique et des chaires de physique où il n’est point question de chimie ; ou du moins, dans chacune de ces sciences, les faits de l’ordre voisin n’interviennent qu’en sous-ordre et sont subordonnés au fait principal. Qu’a donc fait Théodore Jouffroy ? Il a mis en relief et en pleine lumière l’ordre de faits caractéristiques dont s’occupe la psychologie. Ces faits, ce sont les faits subjectifs, avec le sentiment intérieur qui les accompagne : or c’est bien là un ordre de faits sui generis et irréductibles, et il était de toute nécessité de les dégager de ce qui n’était pas eux ; c’est cela qui est l’objet propre, original, de la psychologie : c’est de là qu’elle doit partir, si elle veut être une science, et non un amas confus de plusieurs sciences. Une fois l’existence de ces faits subjectifs établie et reconnue, on pourra discuter sur la manière de les étudier ou sur les recherches ultérieures auxquelles ils peuvent donner lieu ; on verra alors que les trois objections précédentes portent sur la forme et les applications, mais non sur l’essence de la méthode psychologique.

Il est en effet évident, pour ce qui concerne le premier point, que, dans la méthode de Jouffroy, le principe d’une observation intérieure est la seule chose essentielle, et que ce principe laisse ouverte la question de savoir si c’est au moment même où les faits ont lieu ou plus tard et après coup que l’observation est possible.