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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/422

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s’empêcher de signaler précisément l’existence de ces organes. Par la même raison, aucun psychologue ne se privera d’étudier les faits de l’habitude ou de l’instinct, quoique ces faits se passent en grande partie dans le domaine organique, dans l’ordre des mouvemens ; mais les mouvemens ne sont point étudiés dans ce cas-là, à titre de mouvemens, et comme phénomènes mécaniques des corps humains ; ils ne le sont qu’en tant qu’ils sont liés à des phénomènes de conscience. Il en est ici de la psychologie comme de l’histoire, laquelle par exemple, tout en se rapportant essentiellement à la catégorie du temps, ne laisse pas d’avoir égard aussi à l’étude des lieux, c’est-à-dire à la géographie ; et cependant on ne définira pas l’histoire par la géographie ; et l’on continuera de dire que l’histoire est la science des événemens passés, quoiqu’il soit évidemment sous-entendu que ces événemens se sont passés dans certains lieux.

Non-seulement la définition de Jouffroy n’exclut aucun des progrès possibles de la psychologie dans l’ordre des faits, elle n’exclut pas davantage l’extension possible de la psychologie du côté de la métaphysique, par exemple, elle n’exclut pas la doctrine de ceux qui prétendent, et nous sommes de ceux-là, que la conscience n’atteint pas seulement des phénomènes, mais qu’elle pénètre jusqu’à la cause et à la substance, c’est-à-dire jusqu’à l’âme. Je dis que la définition de Jouffroy n’exclut pas ce point de vue, qu’il a du reste lui-même adopté plus tard ; car il est possible que l’analyse des faits de conscience nous conduise jusque-là ; mais pour éviter toute idée préconçue, nous devons écarter toute doctrine dans la définition de la science, afin de ne parler que de ce qui est universellement accordé. C’est pour cela, par exemple, que nous ne dirons point que la psychologie est la science de l’âme ; car sans croire, comme le disait Jouffroy dans cette même préface, que le problème de l’âme est un problème prématuré, nous pensons que ce serait une solution prématurée que de l’introduire dans la définition même de la science. Même le mot de faculté, comme le mot âme, engage des questions métaphysiques qu’il faut ajourner sans les exclure. Quant aux limites qui séparent la psychologie de la métaphysique, il n’est pas plus facile de les fixer a priori que de fixer les limites de la psychologie et de la physiologie, du conscient et de l’inconscient ; mais il en est de même des limites de toutes les sciences. L’important pour chacune d’elles est de fixer le point essentiel et caractéristique qui est l’objet de la science : or cet objet, c’est ici le fait de conscience.

Quelques mots aussi sur la terminologie qui s’est répandue de nos jours en psychologie, et qui nous paraît inférieure en