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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/420

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elle, et ne pouvant exister sans elle. C’est ici l’exemple d’une vérité solide en philosophie, survivant à toutes les controverses, comme les vérités scientifiques ; et c’est par là même une vérité scientifique.

Nous voudrions résumer l’histoire de cette question avec assez de clarté pour pouvoir être compris de tous ceux qui, sans être philosophes de profession, s’intéressent cependant aux questions de philosophie. Il est nécessaire de rappeler tout d’abord quelques notions élémentaires qui se trouvent en tête de tous les traités de philosophie, et sans lesquelles la discussion suivante manquerait de base. On appelle faits de conscience les faits qui nous sont attestés par la conscience, c’est-à-dire par le sentiment intérieur qui accompagne ces faits à mesure qu’ils se produisent. Ainsi, je sens, j’ai des sensations ; et je sais que je sens et que j’ai telles sensations. Je pense et je sais que je pense et que j’ai telles ou telles pensées ; je veux et je sais que je veux, et que j’ai telles ou telles volitions ; nous ne pouvons sentir, penser et vouloir sans le savoir, sans en être intérieurement avertis, et pour rappeler un adage scolastique : non sentimius nisi sentiamus non sentire ; non intelligimus nisi intelligamus non intelligere. Non-seulement ces faits nous sont connus intérieurement à mesure qu’ils se produisent, mais encore ils ne sont connus que par nous, nul autre œil que le nôtre ne pénètre dans notre intérieur ; nul autre homme ne sent notre sensation, ne pense notre pensée ; notre âme n’a pas de fenêtres pour le regard des autres hommes. Ce sentiment intérieur qui accompagne ces faits internes s’appelle conscience ou sens intime ; l’être dans lequel se passent ces faits s’appelle le moi ou le sujet, de là, l’expression de subjectifs, appliquée aux faits de conscience, terme qui s’oppose à celui d’objectif par lequel on désigne tout ce qui se rapporte à l’objet, ou au non-moi, à tout ce qui se passe en dehors du moi.

On remarquera, et c’est là un point essentiel, que la définition de Jouffroy, si précise et si limitée qu’elle paraisse, n’exclut cependant aucune des formes extensives que pourra prendre ultérieurement la psychologie, si le besoin s’en faisait sentir.

Par exemple, quoique la psychologie soit essentiellement la science des faits de conscience, elle n’en est pas moins autorisée cependant à étudier en même temps des phénomènes d’un autre ordre, que l’on appelle aujourd’hui phénomènes inconsciens, si ces phénomènes viennent à se rencontrer dans le cours de notre étude : d’abord, c’est une question de savoir si les phénomènes dits inconsciens ne sont pas tout simplement des faits de moindre conscience ; en second lieu, on sait que, suivant la doctrine