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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/394

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ligne basse. Villon fut condamné à être pendu. On n’a aucun détail sur son procès. Mais il crut être en grand danger de supplice. Suivant la coutume, les meurtriers devaient être traînés avant d’être pendus. Il y a des obscurités dans cette question du procès de Villon. On ne s’explique pas comment il ne se réclama pas de sa qualité de clerc pour se soumettre à la juridiction de l’évêque de Paris. La justice ecclésiastique était en général plus douce, et la plus grave condamnation y était la prison perpétuelle au pain et à l’eau. Aussi les malfaiteurs se faisaient faire de fausses tonsures et s’apprenaient la cérémonie d’initiation, la récitation des psaumes, et les deux soufflets de l’évêque. Mais les juges laïques exigeaient, pour accorder le privilège de clergie, une lettre de tonsure ou la déposition des témoins de la cérémonie. D’ailleurs, l’évêque se montrait jaloux de ses prérogatives : on dut condamner, en 1390, un greffier qui dressait pour les tribunaux ecclésiastiques la liste des prisonniers du Châtelet qui se disaient clercs. Il faut supposer que Villon usa de ce moyen. Mais il était facile de démontrer qu’il fréquentait des femmes, sans doute cette Isabeau qui était près de lui le soir du meurtre. Alors le clerc était dit bigame, ayant épousé une femme en dehors de l’Église, et il retombait sous la juridiction laïque. Le prévôt le condamnait à avoir la tête entièrement rasée, « être rez tout jus, » afin de faire disparaître la tonsure. Puis on procédait contre lui, comme de coutume. Villon dut être « rez tout jus, » puisqu’il écrit de lui-même, dans le Grand Testament, et à propos de son appel :


Il fut rez, chief, barbe et sourcil,
Comme ung navet qu’on ret ou pelle.


La prévôté, l’ayant ainsi condamné à être rasé, le traita en pur homme lay. On le mit à la question du petit et du grand tréteau, et on lui fit boire de l’eau à travers des linges. Alors Villon eut l’idée d’en appeler au Parlement. Il fut transporté, ainsi qu’on faisait d’ordinaire pour les appelans, dans les prisons de la Conciergerie du Palais. En tout cela, on peut supposer que Robert d’Estouteville montra quelque indulgence pour un poète ami de sa femme. Il n’opposa pas de difficultés à l’appel de Villon, bien que le prévôt se souciât peu des demandes de ce genre. Elles réussissaient rarement. Étienne Garnier, qui était geôlier à cette Conciergerie, regarda le nouveau prisonnier avec quelque scepticisme. Il ne pensait pas que le Parlement dût juger que Villon « avait bien appelé. » Nous ignorons comment cet appel fut