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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/392

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une ballade qui porte en acrostiche le nom d’Ambroise de Loré. On a cru jadis que c’était à l’occasion de son mariage. Mais il y a une allusion très claire à l’enfant, qui ressemble à Robert d’Estouteville. La ballade fut donc écrite probablement dans cette année 1452, où un autre poète chantait aussi Ambroise de Loré.

Nous ne savons pas quelles furent les occupations sérieuses de François Villon quand il quitta l’Université, au début de l’année 1453. Il demeurait toujours au cloître Saint-Benoît. Peut-être qu’il obtint, par l’entremise du chapelain, l’autorisation de tenir une petite école. C’est vers ce temps qu’il dut avoir pour élèves les trois « pauvres orphelins : » Colin Laurens, Girard Gossouin et Jean Marceau. On peut juger de ce qu’il leur enseignait par la liste des livres que la reine Marie d’Anjou fit acheter pour le dauphin Louis XI, quand il avait environ l’âge de onze ans. Ces livres de classe étaient « le Donat, » traité de grammaire du IVe siècle d’Ælius Donatus ; « ung sept pseaumes, » c’est-à-dire les psaumes de la pénitence, qu’on faisait apprendre aux enfans avant les Heures ; « ung accidens, » sans doute une grammaire traitant des déclinaisons et conjugaisons ; « ung Caton » ou les Distiques moraux de Dionysius Cato ; enfin a ung doctrinal, » le Doctrinale puerorum d’Alexandre de Villedieu. Un peu plus tard on passait à la Logique d’Okam. Villon paraît avoir bien connu le Donat, et c’était pour l’avoir appris à ces trois petits enfans pendant les années 1453 et 1454. D’ailleurs on peut penser qu’il continuait de fréquenter à l’hôtel d’Ambroise de Loré, en même temps qu’il nouait de plus étroites relations avec les mauvais compagnons qui l’entraînèrent dans les aventures. Ce doit être pour une intrigue amoureuse qu’il eut la triste querelle du 5 juin 1455. Ce jour-là, il prenait le frais, après souper, assis sur une pierre, sous le cadran de l’horloge de Saint-Benoît-le-Bétourné, dans la rue Saint-Jacques. Il causait avec un prêtre, du nom de Gilles, et une demoiselle nommée Isabeau. La soirée d’été s’avançait ; il était neuf heures. François Villon avait jeté, de crainte du froid, un petit manteau sur ses épaules. Comme ils devisaient, survint un prêtre, Philippe Sermoise, accompagné d’un étudiant de Tréguier, maître Jehan le Mardi. Philippe semblait excité. À peine aperçut-il Villon qu’il cria: « Je renie Dieu! maître François, je vous ai trouv é! » Sur quoi Villon se leva doucement et lui ofïrit de s’asseoir auprès de lui. Mais Philippe refusa, avec de mauvaises paroles. Et Villon lui dit avec étonnement : « Beau sire, de quoi vous courroucez-vous ? » Le ton vexa sans doute Philippe, non moins que la calme insolence des paroles. Il repoussa rudement Villon et le fît rasseoir. Les assistans, voyant qu’une rixe se préparait, s’esquivèrent pru-