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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/378

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achètent des terrains qu’on affecte spécialement aux exercices des enfans et qu’on appelle des « places de jeu. » L’autre manière, beaucoup plus hygiénique, de résoudre la question serait celle que proposait le général Lewal dans son mémoire présenté au concours Bischoffsheim. On achèterait hors Paris de grands terrains à beaucoup meilleur compte qu’en ville, et on relierait ces terrains aux lycées par de petits chemins de fer Decauville, qui y transporteraient rapidement et à bon marché les enfans.

Selon nous, la solution vraie et la seule pratique serait d’installer nos lycées à la campagne, comme le propose Edouard Maneuvrier dans son livre l’Éducation de la bourgeoisie. — « On achèterait une propriété de 40 ou 50 hectares et on établirait le lycée sur ce vaste emplacement. Il coûterait moins cher que ces misérables espaces étriqués que nous disputons à prix d’or au commerce et à l’industrie, dans l’intérieur de nos grandes villes [1]. » — On comprend qu’avec une installation pareille l’adoption des jeux de plein air ne souffrirait guère de difficultés. Bien entendu, ce projet ne pourrait pas s’exécuter du jour au lendemain, mais peu à peu, à mesure que nos lycées auraient besoin d’être reconstruits. Ce serait l’idéal de l’hygiène pour les enfans. Mais, a-t-on dit, ce ne serait pas l’idéal de la commodité pour les parens ! Et c’est là, paraît-il, le grand argument contre ce système qui serait l’imitation du régime adopté en Angleterre et dont M. Pierre de Coubertin, dans son livre sur les Écoles anglaises, nous a rapporté de si charmantes descriptions [2]. On ne s’est pas encore habitué en France à ces conceptions qui font à beaucoup d’entre nous l’effet d’utopies et de châteaux en Espagne. Il faut laisser à ces idées si simples et si rationnelles le temps de faire leur chemin.

En attendant, bien d’autres institutions nous manquent pour compléter la réforme de l’éducation physique en France, et d’abord une école normale de gymnastique où l’on puisse former des maîtres. L’an dernier, à notre retour d’une mission en Suède, nous exposions ici même la magnifique organisation de l’Institut central de gymnastique à Stockholm. En France, il n’existe aucun enseignement régulier pour former nos professeurs civils. L’École de Joinville-le-Pont a pour but, on le sait, de former exclusivement des moniteurs pour l’armée et l’on ne peut exiger des sujets qui en sortent les connaissances pédagogiques indispensables à l’éducation physique des enfans. Il est urgent qu’on fasse pour le

  1. Edouard Maneuvrier, l’Education de la Bourgeoisie sous la république, chez Cerf, éditeur.
  2. Pierre de Coubertin, l’Education anglaise.