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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/374

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à s’associer aux jeux, puis on se rendait sur les pelouses du bois de Boulogne, où l’on jouait le foot-ball, le lawn-tennis, où l’on organisait des courses à pied. Comme il était facile de le prévoir, ces innovations excitèrent l’étonnement et soulevèrent bien des critiques. Toutefois elles furent imitées, et c’était l’essentiel. Le ministre de l’instruction publique autorisa les proviseurs à tenter dans leurs lycées respectifs divers essais en matière d’éducation physique. La nature de ces essais était laissée à la discrétion de chacun. On indiquait seulement l’esprit dans lequel elles devaient être dirigées. Il s’agissait de trouver des formes d’exercices attrayantes et récréatives, et de concilier leur application avec les occupations scolaires, de façon à donner aux écoliers une somme plus grande d’exercice, d’air et d’amusement, sans compromettre le résultat des études.

La tentative la plus intéressante, dans cet ordre d’idées, fut faite au lycée Janson de Sailly par M. Kortz. Ce lycée était un excellent champ d’expérience pour tenter l’application des jeux de plein air ; il contenait 1,800 élèves, était créé tout récemment, et situé à Passy, à deux pas du bois de Boulogne. Là il n’était pas besoin de recourir à des moyens de transport ; on pouvait gagner les pelouses en quelques minutes : c’était une économie de temps et d’argent. L’expérience faite au lycée Janson fut très intéressante et très démonstrative. On y trouva l’occasion de faire appel à une qualité malheureusement trop peu cultivée en France, l’initiative personnelle de l’enfant. Les écoliers furent laissés libres de s’organiser en comités, d’élaborer des règlemens pour la discipline de leurs jeux, de se grouper en équipes affectées spécialement à telle ou telle forme d’exercices. Puis intervint l’élément le plus essentiel au succès de toute entreprise, l’émulation. Les établissemens publics ou privés qui avaient inauguré les mêmes formes d’exercices : l’École alsacienne, le lycée Lakanal, etc., vinrent se mesurer, avec l’école Monge et le lycée Janson, dans des matchs de foot-ball, dans des courses à pied, des rallyes. Bientôt, la plupart des lycées et des institutions libres de Paris suivirent l’exemple donné, et on vit s’organiser des « championnats » interscolaires, sortes de concours généraux de la force et de l’adresse, dont le succès eut pour résultat d’exciter la province à imiter Paris. Partout, dans les départemens du Nord, de l’Est, du Midi, du Centre, les proviseurs organisèrent des jeux de plein air, et les recteurs encouragèrent le mouvement.

Ce qu’il y a de plus caractéristique à signaler dans ce mouvement de propagande en faveur de la réforme de l’éducation physique, c’est l’appui moral et matériel qu’il a trouvé en dehors du