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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/362

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disposition. Il va embrasser la perche avec les bras et les jambes ; il va s’aider des pieds et des mains ; c’est le procédé naturel, c’est le plus facile. Mais, si l’homme est un gymnaste, il n’aura pas besoin du secours de ses jambes : on lui a appris à grimper à la perche avec les mains seules, et il va s’élever « à la force des poignets. » C’est un procédé artificiel auquel personne ne se sent naturellement porté, parce qu’il augmente la difficulté du mouvement. Là se trouve, en effet, la différence très marquée de ces deux méthodes. L’une évite les difficultés, l’autre les cherche.

Notre gymnastique a pour caractère essentiel de demander à l’homme des efforts musculaires beaucoup plus intenses que ceux auxquels il se sent naturellement porté, et des mouvemens plus difficiles que les mouvemens instinctifs. Elle tend, pour cette raison, à le rendre plus fort et plus adroit qu’il n’était dans sa nature de le devenir. Elle est une méthode de perfectionnement, plus capable qu’aucune autre de former des sujets d’élite ; nous pouvons citer, comme exemple de ses résultats, les magnifiques jeunes hommes qui sortent de notre école de gymnastique de Joinville, et qui sont assurément des sujets incomparables pour la force, l’adresse, l’agilité, pour toutes les qualités qu’on peut appeler « athlétiques. » C’est donc avec une apparence de raison qu’on l’a adoptée jusqu’à ce jour pour l’éducation physique de nos enfans. Mais la gymnastique a justement les défauts de ses qualités. Elle perfectionne l’homme, mais c’est au prix d’un travail difficile auquel tous les hommes ne sont pas aptes ; elle est capable de former des sujets d’élite, mais elle forme très peu de sujets. Si on l’applique à l’éducation physique, on trouve très peu d’enfans qui aient des aptitudes suffisantes pour exécuter du premier coup, et sans longs tâtonnemens, les mouvemens qu’on leur demande. La plupart des écoliers sont découragés par les difficultés du début, et ceux qui y prennent goût sont les mieux doués physiquement, les plus forts, c’est-à-dire ceux justement qui pourraient le mieux s’en passer. Cette minorité d’élite acquiert, je le veux bien, des aptitudes physiques supérieures, mais les sujets faibles, ou seulement de force moyenne, ne trouvent dans cette gymnastique aucun bénéfice, pour une raison bien simple, c’est qu’ils n’en font pas. Rebutés par les difficultés du début, ils se refusent ensuite à tenter de nouveaux efforts et restent sur leur impression première, qui a été mauvaise et décourageante. Toute leur vie ils garderont rancune à l’exercice, parce qu’on a eu le tort de leur présenter l’exercice sous une forme aride et difficile.

En résumé, nos méthodes artificielles de gymnastique ne conviennent pas à l’éducation physique des enfans, parce qu’elles sont