Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/360

Cette page n’a pas encore été corrigée


comprennent pas l’importance du choix d’une méthode en matière d’éducation physique et sont hostiles aux changemens qu’on voudrait apporter dans les systèmes déjà adoptés. — « Il est entendu, disait un jour devant nous un haut dignitaire de l’Université, que nos enfans doivent prendre de l’exercice, puisque l’hygiène l’exige. Mais qu’importe pour leur santé qu’on les fasse marcher en long ou bien en large, jouer aux barres, ou tourner autour d’un trapèze ? Choisissons pour eux les exercices les plus commodes à appliquer et nous simplifierons d’autant le problème de l’éducation physique. » — Et c’est évidemment en vertu d’un raisonnement semblable qu’on a adopté dans nos établissemens d’éducation le système de gymnastique importé en France par le colonel Amoros. Ce système, en effet, semble imaginé tout exprès pour la commodité de nos institutions scolaires. Deux choses faisaient défaut pour l’application des exercices physiques : l’espace et le temps. Or, la méthode d’Amoros permet de grouper dans un espace très restreint un grand nombre d’enfans et de leur faire exécuter une foule d’exercices presque sur place. De plus, cette méthode a des engins divers à l’aide desquels on fait exécuter à l’enfant des mouvemens beaucoup plus forts, c’est-à-dire exigeant des efforts musculaires beaucoup plus grands, que les mouvemens naturels. On arrive ainsi très vite à fatiguer ses muscles, et on peut lui donner une dose de travail suffisante en très peu de temps. Mais une observation de trente ans de durée a prouvé que si cette forme d’exercice est commode à appliquer, elle ne répond ni aux goûts, ni aux aptitudes, ni aux besoins hygiéniques de l’enfant. Et c’est justement cette méthode qu’il s’agirait aujourd’hui de modifier profondément, voire même de remplacer par d’autres méthodes plus rationnelles.

Pour que le lecteur puisse juger en connaissance de cause cette question très controversée du choix d’une méthode d’éducation physique, il est indispensable de jeter au moins un rapide coup d’œil sur les diverses formes d’exercice usitées, et d’en comparer les tendances et l’esprit. Il existe une multitude d’exercices du corps, et il serait impossible de les décrire, ou même de les énumérer ici. Mais si l’on s’attache à l’esprit et non aux détails de l’exercice, on peut les rattacher tous à deux grandes méthodes, l’une naturelle, l’autre artificielle.

première de ces deux méthodes s’inspire de l’instinct, et demande à l’homme des mouvemens très analogues à ceux qu’il exécuterait spontanément, s’il était livré à lui-même. Cette méthode s’appelle le jeu. Elle constitue une sorte de réglementation des actes auxquels l’être humain est naturellement porté. Par