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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/307

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Le temps s’en va, le temps s’en va, madame ;
Las ! le temps, non ; mais nous nous en allons !
(RONSARD).


I. — VESPER.

Il est une heure de la journée que je trouve douce entre toutes. Le ciel répand assez de clarté pour que l’on hésite à faire allumer les lampes, et cependant le soleil, disparu à l’horizon, l’ombre qui déjà se fait pressentir, invitent à cesser le travail. Le moment du repas n’est point venu, et il n’est pas temps de reprendre les occupations du soir. On se repose en cette heure indécise qui n’est plus le jour et qui n’est pas la nuit. Elle est propice aux rêveries sur soi-même, aux évocations des faits que l’on a vécus, des pensées qui ont agité l’âme, des aspirations qui ont gonflé le cœur, des amis qui nous ont précédés sur le chemin des existences futures. On se revoit tel que l’on était, on se voit tel que l’on est, et l’on a grand’peine à se reconnaître. — Qui vive ? — Celui qui fut et qui n’est plus, celui qui est et qui s’étonne d’avoir été.

Cette heure où tout se calme dans la nature, où le tumulte de l’esprit semble s’apaiser, c’est le crépuscule.