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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/267

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premier à déclarer nettement qu’à son avis la sortie tournerait en désastre et que l’armée serait anéantie ou dispersée dans le plus affreux désordre ; un peu plus, un peu moins accentuée, cette opinion fut au fond celle des autres commandans de corps, à l’exception du maréchal Le Bœuf qui se prononça pour « l’héroïque folie. » On finit par baisser la tête en reconnaissant la nécessité impérieuse d’entrer en pourparlers avec l’ennemi. Ce fut le général Changarnier qui se chargea de porter au prince Frédéric-Charles des offres de convention dont voici le sens : « Le sort de la place de Metz resterait distinct de celui de l’armée qui serait autorisée à se rendre, avec armes et bagages, ou en Algérie, ou sur un point quelconque du territoire français, à la seule condition de ne plus combattre les troupes allemandes pendant la durée de la guerre. »

Le 25, avant midi, le prince Frédéric-Charles fit au général Changarnier l’accueil le plus courtois, mais il repoussa péremptoirement ses propositions et le pria de dire au maréchal Bazaine que, ce même jour, à cinq heures, au château de Frescati, son chef d’état-major donnerait communication à l’officier-général que le maréchal voudrait bien déléguer, des conditions qu’il avait l’ordre de, lui faire connaître. Ces conditions, remises par écrit au général de Cissey, délégué du maréchal, se résumaient en ce seul mot : capitulation ! capitulation commune à l’armée et à la place, avec tout le matériel de guerre, canons, fusils, armes et munitions de toute espèce, drapeaux, vivres, etc.

Le 26, le maréchal Bazaine donna lecture au conseil du protocole rapporté par le général de Cissey. De nouveau, le conseil reconnut, cette fois à l’unanimité, que toute tentative de sortie ne pouvait pas manquer d’être un désastre et courba la tête sous la fatalité d’une capitulation. On relut les clauses du protocole, cherchant le moyen d’y introduire quelque adoucissement : le général de Cissey déclara que, dans sa conviction, les ordres du roi de Prusse étant absolus, toute discussion serait inutile. Le maréchal Bazaine avait décidé que l’officier-général qui aurait la dure mission de rédiger le texte définitif de la convention et de la signer, de concert avec le général de Stiehle, chef d’état-major de l’armée prussienne, serait son propre chef d’état-major, c’est-à-dire le général Jarras. Celui-ci, qui avait assisté à tous les conseils, mais en simple auditeur, n’ayant pas voix délibérative, se récria et protesta vainement. Le maréchal, toujours préoccupé de faire partager aux autres sa responsabilité, surtout lorsque, dans ces dernières conjonctures, elle devenait si redoutable, déclara le général Jarras « fondé de pouvoir de tout le conseil, » et le conseil approuva.

Le même soir eut lieu, au château de Frescati, la première conférence entre les deux chefs d’état-major ; elle dura six heures. Il