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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/254

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ne peut tenir que de la confiance du commandement. De là résulte la nécessité d’une entente complète et incessante entre le commandement et le chef d’état-major ; aussi ai-je fait tous mes efforts pour obtenir la confiance du maréchal Bazaine ; je puis même dire que j’ai été jusqu’à faire abstraction de ma personnalité, en vue du bien du service ; mes bonnes intentions ont été stériles. Dès le moment où il prit possession de son commandement, le maréchal Bazaine réduisit mes fonctions à celles d’un agent passif. Je n’étais pour lui qu’un secrétaire. » — « Les états-majors, ajoute-t-il ailleurs, sont les yeux, les oreilles, la voix de leur général, de sorte que, dans tout ce qu’ils font et disent en matière de service, leur devoir est de s’identifier avec lui. Ayant à chaque instant à transmettre la pensée de son général, le chef d’état-major a besoin de posséder toute sa confiance, et comme la confiance ne s’impose pas, il est désirable que le général fasse lui-même le choix de son chef d’état-major. » Sur ce point-là seulement Bazaine et Jarras tombaient d’accord. Le chef d’état-major est le confident de la tragédie classique. Ce fut une faute lourde à ceux qui s’avisèrent d’accoler deux caractères si dissemblables, la droiture un peu brusque de l’un à la duplicité cauteleuse de l’autre.

Dès le premier jour, le général Jarras fit l’épreuve du sort qui l’attendait. Le nouveau commandant en chef avait son quartier-général à Borny ; le nouveau chef d’état-major, qui était à Metz, avait hâte de rejoindre le maréchal, quand celui-ci lui fit savoir qu’ils étaient fort bien où ils se trouvaient l’un et l’autre. Quelques heures plus tard, venu à Metz à l’improviste, le maréchal était déjà en voiture prêt à reprendre le chemin de Borny, lorsque le général, averti par hasard, arriva tout juste pour s’entendre dire qu’on n’avait pas d’ordres à lui donner. Cependant, il en reçut dans la soirée ; il s’agissait de préparer pour le lendemain, 14 août, la marche de l’armée sur Verdun.

Voici quelles étaient, à cette date, les forces de l’armée dite encore du Rhin : cinq corps comprenant quinze divisions d’infanterie et vingt et un régimens de cavalerie marchant avec eux, plus deux divisions de réserve de cavalerie. Le 2e corps avait pour chef le général Frossard ; à la tête du 3e, auparavant commandé par le maréchal Bazaine, était le général Decaen ; blessé mortellement ce même jour, à la bataille de Borny, il fut remplacé par le maréchal Le Bœuf ; le 4e avait pour chef le général de Ladmirault ; le 6e le maréchal Canrobert ; le général Bourbaki était à la tête de la garde impériale. Les généraux de Forton et du Barrail menaient les divisions de réserve de cavalerie. Les généraux Soleille et Coffinières commandaient respectivement les armes spéciales, artillerie et génie. Les effectifs étaient de 122,000 hommes d’infanterie, de