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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/241

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populations ouvrières, et depuis quelque temps ces populations ou du moins leurs représentans prétendent de plus en plus faire leurs conditions. Il n’y a que quelques jours, des délégués des associations ouvrières se sont rendus auprès de M. Gladstone pour lui demander de s’engager à soutenir le programme des huit heures de travail. C’était sans doute le prix de leur vote ! Le chef du parti libéral, qui avait eu à répondre il y a déjà quelques semaines à une espèce de sommation de ce genre et qui y avait répondu un peu lestement, n’a pas opposé cette fois un refus positif, si l’on veut, aux revendications ouvrières ; il a poliment éconduit par un ajournement indéfini de leur programme les délégués qui se sont retirés déçus. Plutôt que de se faire le complice de revendications chimériques, M. Gladstone a préféré braver une impopularité d’un moment et risquer de s’aliéner les électeurs des trades-unions. L’acte était honnête, mais il peut servir les conservateurs, qui se sont hâtés de l’exploiter à leur profit. Au surplus, ces manifestations ouvrières comme la manifestation de Belfast ne sont que des incidens dans une lutte qui peut changer de face plus d’une fois encore avant le scrutin. Tout dépend des grands courans d’opinion qui se formeront dans une population de plus de six millions d’électeurs prêts à décider par leur vote des plus graves intérêts de l’Angleterre.

Et après les élections anglaises, quand viendront à leur tour les élections italiennes ? Elles restent inévitables dans un délai assez court. Elles auraient pu être précipitées si le parlement avait persisté jusqu’au bout dans le mouvement de mauvaise humeur et d’opposition qui a accueilli à Monte-Citorio le cabinet formé et présidé par M. Giolitti ; elles sont tout au plus différées par le vote qui a accordé les six douzièmes provisoires, et qui, en raffermissant le nouveau ministère a rendu une certaine liberté au gouvernement du roi Humbert. Ce n’est point, il est vrai, sans peine que le ministère a échappé à l’alternative de disparaître peu de jours après sa naissance ou de risquer une dissolution prématurée. Il a eu à soutenir des discussions qui n’ont eu rien de triomphant. On ne lui a pas épargné les critiques pénibles pour son amour-propre ; on a laissé planer sur lui un soupçon quelque peu désobligeant de médiocrité, et M. Giolitti, sans se fâcher, s’est tiré d’affaire en déclarant modestement que s’il n’avait pas toute l’autorité nécessaire, c’était la meilleure condition pour que le pays pût se prononcer librement. Soit ! Les six douzièmes provisoires sont votés. On s’est du moins tiré de l’embarras le plus pressant. Au fond, la situation n’en est pas meilleure ; elle est restée ce qu’elle était, incertaine, équivoque, à peu près sans issue tant qu’on n’aura pas résolu l’insoluble problème de refaire des finances assez fortes pour supporter un système d’ostentation ruineuse. M. Giolitti n’y peut rien, et ce qui