Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/239

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


et des adversaires parmi les libéraux comme parmi les catholiques. Il faut donc en venir à des négociations, à des transactions pour sortir de l’inextricable confusion où l’on s’est engagé.

En un mot, les élections ne sont qu’un préliminaire ; c’est aujourd’hui que commence la difficulté pour arriver à un résultat pratique, à cette réforme constitutionnelle qui est devenue le mot d’ordre de tout le monde, depuis le roi jusqu’aux ouvriers du Borinage. Le roi tient au referendum, à son droit de plébiscite, les ouvriers tiennent avant tout au suffrage universel ; la masse nationale semble n’avoir pas plus d’enthousiasme pour l’un que pour l’autre. Comment parviendra-t-on à tout concilier et à résoudre cet étrange problème de remanier si profondément les institutions sans ébranler la sécurité nationale ? On en est encore là à la veille de la réunion du parlement constituant. Et puis, réussît-on à s’entendre sur une formule propre à rallier une majorité suffisante, la dernière et la plus grave des questions reste toujours. Quelles seront les conséquences de cette constitution réformée, du suffrage universel pour l’avenir de la Belgique ? L’ancienne constitution de 1830 a porté ses fruits, elle a donné soixante années d’indépendance, de liberté et de paix à la nation belge, la nouvelle est une expérience qui sera peut-être heureuse, qui ne laisse pas provisoirement d’être hasardeuse. Le scrutin du 14 juin a ouvert une évolution dont le dernier mot reste une énigme.

Et maintenant c’est le tour des élections anglaises, qui n’ont pas, il est vrai, pour objet une révision constitutionnelle, — l’Angleterre ne se donne pas ce luxe de réformer sa constitution écrite dans l’âme du peuple, — mais qui n’ont pas moins d’importance pour les affaires intérieures comme pour les relations de l’empire britannique. Si la date de ces élections était restée jusqu’ici incertaine par suite d’une tactique du ministère, elle est désormais fixée et connue. D’ici à peu, dès les jours prochains de juillet, le scrutin va s’ouvrir successivement dans les bourgs, dans les comtés, et la campagne qui avait déjà commencé depuis quelques semaines redouble aujourd’hui d’activité. La vie n’est plus dans le parlement, dans ce qui reste du vieux parlement ; elle est partout, dans le pays, dans les assemblées populaires, dans les meetings, dans les provinces comme à Londres, en Ecosse et en Irlande comme dans la vieille Angleterre. Lord Salisbury, M. Balfour, M. Chamberlain, le duc d’Argyll, unionistes et tories d’un côté, et de l’autre, M. Gladstone, M. John Morley, lord Rosebery, font assaut d’éloquence et de programmes. Les chefs ont donné le signal, les lieutenans se multiplient aujourd’hui.

De toutes parts, on fait appel aux intérêts, aux sentimens, même aux préjugés et aux passions du peuple anglais, — et la question irlandaise, le home-rule, joue naturellement le premier rôle dans la lutte