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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/238

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augmenté dans les élections nouvelles par suite d’un accroissement de population. Tout bien compté, les catholiques restent sur leurs positions et gardent l’avantage ; ils ont toujours la majorité comme ils n’ont cessé de l’avoir depuis huit ans. Cette majorité cependant se trouve un peu diminuée, ou moins disproportionnée qu’elle ne l’était jusqu’ici. Les libéraux, au contraire, ont regagné quelques sièges à la chambre comme au sénat. Ils ont surtout reconquis Bruxelles, où leur liste, le général Brialmont en tête, a passé avec éclat. Ils avaient perdu Bruxelles par leurs divisions, ils ont retrouvé le succès en unissant leurs forces au dernier scrutin. Bref, ils vont avoir un peu plus de 60 voix contre 90 catholiques. Ce n’est point pour les libéraux ce qu’on peut appeler une victoire, puisqu’ils restent toujours une minorité ; c’est un commencement de revanche qui leur assure une position moins désavantageuse dans le nouveau parlement, surtout pour la réforme constitutionnelle qui va être mise définitivement en délibération. Voilà la question aujourd’hui !

Que les électeurs belges aient nommé une assemblée constituante en effet, et que cette assemblée se réunisse ces jours prochains, dans tous les cas avant le 15 juillet, ce n’est encore qu’un premier pas. Reste le plus essentiel, la révision constitutionnelle elle-même, et c’est ici que reparaît la vraie difficulté, que le vote du 14 juin prend une certaine importance. Ce scrutin a peut-être cet avantage d’empêcher que la réforme de la constitution belge ne devienne une œuvre partiale et exclusive ; il oblige les partis à s’entendre, à transiger sous peine de n’arriver à rien, de tout compromettre par un éclatant aveu d’impuissance. Les catholiques ont toujours, sans doute, une majorité suffisante pour les lois ordinaires, pour ce qu’on peut appeler la vie parlementaire de tous les jours ; mais ils n’ont plus la majorité des deux tiers nécessaire pour la révision constitutionnelle. Les libéraux ont regagné assez de voix pour rester maîtres du vote par leur opposition ou par leur abstention. C’était leur grand souci ! Ils ne peuvent rien par eux-mêmes, on ne peut rien sans eux. De plus, catholiques et libéraux ont pu revenir à leurs anciennes alliances pour le scrutin : ils ne s’entendent pas mieux pour cela. Ils rentrent aujourd’hui au parlement avec leurs divisions, avec leurs dissentimens sur le referendum, sur le suffrage universel, et ces divisions sont égales dans les deux camps ; elles ont été tout au plus voilées un instant par des nécessités de tactique électorale. Un des chefs du parti catholique, M. Woeste, se prépare à combattre énergiquement le referendum soutenu par le chef du cabinet, M. Beernaert, et il aura sûrement pour alliés des libéraux aussi opposés que lui à ce mélange équivoque du régime plébiscitaire et du régime parlementaire. Le suffrage universel lui-même n’est pas accepté sans contestation et sans réserve ; il a des partisans