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Page:Revue des Deux Mondes - 1892 - tome 112.djvu/234

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persévérance l’œuvre qu’il a entreprise. Qu’on disserte tant qu’on voudra sur la limite des droits du pape dans les affaires temporelles, sur l’opportunité de son intervention entre nos partis, sur la liberté qu’ont les Français de choisir la forme de leur gouvernement, de rester fidèles à la monarchie ; il est certain que le saint-père a l’idée fixe et arrêtée de séparer désormais les intérêts religieux de la cause des anciens partis, de rompre la vieille alliance de l’autel et du trône, de travailler à l’apaisement moral dans notre pays, en pressant les catholiques de cesser toute résistance à la république. Il a prouvé sa volonté par son encyclique, par ses lettres aux cardinaux ou aux évêques, même par ses remontrances aux récalcitrans, — et les exhortations pontificales ont eu déjà visiblement leur effet sur nombre de catholiques qui n’ont point hésité, M. Albert de Mun en tête, à secouer la discipline de parti, à se placer dans la légalité constitutionnelle. Ce grand vieillard, dans sa solitude du Vatican, a évidemment l’esprit tourné vers l’avenir ; il ne recule ni devant la république ni devant les idées nouvelles. Il déconcerte toutes les tactiques, et avec toutes ces paroles pontificales qui ont depuis quelque temps retenti en France, une des plus curieuses manifestations du jour est assurément le langage familièrement éloquent, sympathique, hardi, plein de tact, que vient de tenir à Paris un des premiers prélats américains, l’archevêque de Saint-Paul de Minnesota, Mgr Ireland, le patron des chevaliers du travail. Les États-Unis ne sont pas la France sans doute ; mais les États-Unis prouvent toute la vitalité que peut garder ou retrouver l’Église catholique par la liberté, au milieu de la plus vaste démocratie, et l’exposé que Mgr Ireland a tracé de l’état religieux, de la paix religieuse dans l’union américaine, est peut-être fait pour avoir son action en France, à côté des instructions du pape. Le nouveau parti constitutionnel français n’est pas né, il est vrai, de ces instructions de Léon XIII : il se défend même d’être un parti purement catholique ; mais il est bien clair qu’il puise une force de plus dans ce mouvement auquel le souverain pontife a donné une si vive impulsion, qui tend à créer une situation si nouvelle en séparant de plus en plus les intérêts religieux des intérêts des vieux partis.

Après cela, que ces nouveaux constitutionnels qui viennent de lever une bannière de paix, qui prétendent représenter l’esprit conservateur dans la république, trouvent des difficultés sur leur chemin et ne réussissent pas du premier coup, ils s’y attendent bien sans doute. Précisément parce qu’ils sont des modérés, ils dérangent les calculs des partis extrêmes ; ils sont pris entre deux feux ! Ils ont contre eux ceux de leurs amis d’hier qui ne peuvent se résoudre à séparer les intérêts conservateurs de la monarchie et qui viennent de leur opposer un nouveau syllabus, — un syllabus anonyme, — du royalisme, qui raillent leur évolution en leur prédisant qu’ils n’obtiendront rien de la république, qu’ils s’exposent tout